Keyvan Mostafavi

J’ai été sensible assez tôt à la souffrance animale. Pourtant, j’ai d’abord suivi une voie sans lien avec cet engagement : des études de mathématiques, l’ENS, puis l’enseignement au collège. Avec le temps, il m’est devenu de plus en plus clair que ce parcours n’était pas celui pour lequel je voulais me destiner. J’ai alors choisi de rejoindre l’association Anima, où j’essaie d’aider les animaux de manière la plus concrète et la plus utile possible.
« Je ne voulais pas simplement être touché par ce que subissent les animaux, je voulais consacrer ma vie à réduire leur souffrance.»
Ma sensibilité à la condition animale s’est construite progressivement, notamment vers mes dix-sept ou dix-huit ans où j’ai vu mes premières vidéos d’abattoirs et d’élevages. Plus le temps passait, plus je voulais aider les animaux et, plus largement, essayer d’améliorer autant que possible le monde que nous partageons.
Pourtant, j’ai suivi un parcours qui n’avait pas grand chose à voir avec les animaux : des études de mathématiques, l’École normale supérieure, puis une année à enseigner au collège. C’était un métier que j’aimais bien. Mais au fond, je savais déjà que ce n’était pas là que je voulais mettre l’essentiel de mon énergie.
À la fin de ma première année comme professeur, j’ai décidé de chercher une manière concrète d’aider les animaux. C’est comme ça que j’ai rejoint l’association Assiettes Végétales, devenue depuis Anima.
« L’altruisme efficace ne m’a pas seulement apporté des opinions nouvelles : il m’a transformé au contact de personnes qui incarnent certaines valeurs. »
C’est à travers Anima, au contact de certain·es de mes collègues, que j’ai vraiment compris ce qu’était l’altruisme efficace. Avant, je pensais que l’altruisme efficace se résumait à l’idée générale de “faire le plus de bien possible”. Sur le moment, ça me semblait évident : oui, bien sûr, c’est ce que je voulais. Mais je n’avais pas encore compris que l’altruisme efficace, ce n’est pas seulement une idée : c’est aussi une communauté de personnes qui essaient d’appliquer ces principes sérieusement, avec exigence.
Au sein de cette communauté, j'ai trouvé des personnes qui partageaient des valeurs importantes pour moi : l’esprit critique, la bienveillance, la transparence, l’ouverture d’esprit et la capacité à changer d’avis.
Être entouré de ces personnes m’a profondément changé. J’assume davantage le fait de faire des retours directs aux autres, même quand c’est inconfortable, parce que je crois que c’est souvent une manière de s’aider mutuellement à progresser. J’ai aussi développé une exigence plus forte envers moi-même : essayer de ne dire que des choses vraies, reconnaître plus facilement quand je me trompe, accepter quand quelqu’un est meilleur que moi sur un sujet et apprendre de lui ou elle.
La communauté de l’altruisme efficace m’a également rendu plus ambitieux. Au contact de ses membres, j’ai compris que lorsqu’on s’attaque à des problèmes immenses comme la souffrance animale, et qu’on veut réellement aider les animaux, il faut voir grand. Par exemple, chez Anima, on a réalisé une enquête dans les supermarchés sur la vente des œufs de poules élevées en cage. On s’est fixé pour objectif de faire la une des grands médias, pour faire bouger les entreprises et les pratiques. Je pense que c'est le genre d'objectif qu'il faut être capable de se donner.
Aujourd’hui, je ne me suis jamais senti aussi motivé à l’idée d’aider les animaux. Je me sens aussi plus aligné avec mes valeurs, plus capable de faire des choix difficiles, parfois coûteux personnellement, pour servir cette mission. Grâce à la communauté de l’altruisme efficace, je me sens aussi plus lucide, ambitieux, et, je l’espère, plus utile. C’est sans doute cela que je retiens le plus : on ne peut pas décider de faire le bien seul. On a besoin aussi de personnes qui partagent des bonnes valeurs pour nous aider à progresser.
