Laureline Lefebvre

Radiothérapeute

Je suis médecin, et pendant longtemps, j’ai cru que c’était la meilleure façon d’aider les autres. C’était presque une évidence : soigner, être utile, faire du bien autour de soi. Mais avec le temps, quelque chose ne collait plus vraiment.

J’ai découvert l’altruisme efficace il y a environ un an, à un moment très particulier de ma vie. Ma fille venait de naître. Et presque en même temps, il y a eu les événements en Israël et à Gaza. 

« Voir ces images d’enfants m’a profondément bouleversée. Je crois que c’est là que quelque chose s’est déclenché : une inquiétude pour le monde dans lequel ma fille allait grandir, associée à une prise de conscience très intense de la souffrance endurée par une grande partie de l’humanité, et une question devenue impossible à ignorer - comment être vraiment utile ? » 

J’avais déjà donné à des associations, un peu par réflexe, un peu par émotion. Mais ça ne me suffisait plus. Je voulais comprendre comment aider de manière plus efficace. En cherchant, je suis tombée sur Altruisme Efficace France. J’ai contacté l’équipe, discuté avec eux, et découvert une approche qui m’a immédiatement parlé : réfléchir à l’impact réel de ses actions, accepter que toutes les bonnes intentions ne se valent pas.

Ça m’a fait revoir beaucoup de choses. À un moment, j’ai envisagé d’arrêter la médecine pour devenir famille d’accueil. L’idée me paraissait évidente : aider directement des enfants. Puis j’ai réalisé qu’en fait, je pouvais financer plusieurs familles d’accueil avec mon salaire. C’était un choc. J’ai compris que, dans ma situation, mon levier principal n’était peut-être pas mon temps, mais mon argent.

Alors j’ai fait un choix qui reste parfois difficile à assumer : continuer mon travail, en partie parce qu’il me permet de donner. L’an dernier, j’ai donné une somme importante, répartie entre différentes causes. Et surtout, j’ai accepté de ne pas décider seule. J’ai choisi de faire confiance à des personnes plus compétentes que moi pour allouer cet argent là où il serait le plus utile. Ce n’est pas instinctif - naturellement, je voudrais tout donner aux enfants - mais j’ai appris que les problèmes sont liés. Par exemple, pour que les enfants aillent bien, il faut aussi que leurs parents soient en bonne santé, qu'on enraye le réchauffement climatique… D'autres réfléchissent mieux que moi à ces arbitrages.

Ce chemin n’est pas entièrement confortable. Il y a une forme de frustration. Je ne vois pas concrètement les effets de ce que je fais. Ce sont des chiffres, des virements. Et dans mon quotidien, mon travail ne me satisfait pas toujours. Parfois, j’aimerais être plus directement engagée. Je réfléchis d’ailleurs à évoluer, peut-être vers autre chose, mais ce n’est pas simple : être médecin fait partie de mon identité.

Autour de moi, ces choix sont souvent incompris. Donner autant, penser à des personnes à l’autre bout du monde, élargir son cercle moral… tout cela peut sembler abstrait, voire dérangeant. Je me suis sentie seule au début. Trouver une communauté comme celle d’Altruisme Efficace France m’a apporté un vrai soulagement.

« Le fait que des personnes veuillent un monde meilleur et s'y emploient, ça me réconforte tous les jours. » 

Aujourd’hui, je suis surtout fière d’avoir clarifié mes idées. D’avoir mis des mots et de la cohérence sur quelque chose que je ressentais déjà. Je ne prétends pas avoir trouvé la solution parfaite. Mais je sais que j’essaie, avec les moyens que j’ai, de faire le plus de bien possible.

Et peut-être que ça commence simplement comme ça : en acceptant de se poser la question, honnêtement.