Faire le bien, en mieux ! — William MacAskill — résumé

Contexte
Cet article est un résumé de l’ouvrage « Faire le bien, en mieux ! » publié le 19 novembre 2025. Il s'agit de la traduction et de l’adaptation française du livre « Doing Good Better », écrit par William MacAskill et initialement paru le 28 juillet 2015. Cette nouvelle édition a été mise à jour pour intégrer des faits et des chiffres actualisés à la date du printemps 2025.
Introduction
Si nous souhaitons faire le plus de bien possible, il est important de ne pas se fier uniquement à nos intuitions ou nos émotions, mais également et surtout aux preuves empiriques de l’impact réel de certaines actions.
L’histoire de l’association PlayPumps International en est une bonne illustration. Au début des années 2000, l’association installa par milliers des tourniquets pour enfants pour pomper l’eau dans des régions pauvres d’Afrique du Sud, ce qui semblait être une alternative prometteuse aux pompes manuelles. Cependant, malgré l’engouement mondial et les sommes colossales collectées, ces installations se sont révélées inefficaces – voire contre-productives. Selon une enquête menée par une journaliste au Mozambique, il aurait fallu que les tourniquets fonctionnent 27 heures par jour pour répondre aux besoins moyens d’un village. Malheureusement, personne n’avait pris le temps d'évaluer l'efficacité réelle de ces pompes avant de les déployer.
À l’inverse, de 1998 à 2001, les économistes Michael Kremer et Rachel Glennerster ont mené des tests empiriques rigoureux en économie de la santé. Leurs recherches ont mis en évidence que la vermifugation avait un grand impact sur la réduction du taux d’absentéisme dans des écoles au Kenya. En fait, la vermifugation s’est révélée beaucoup plus efficace pour diminuer l’absentéisme que l'achat de livres, de paperboards ou le recrutement de plus de personnel.
I. VOUS FAITES PARTIE DES 1%
À quel point pouvez-vous être utile ?
Si on gagne 45 000 euros par an, on fait partie des 1 % des plus riches dans le monde, même en prenant en compte la valeur de l’argent et le coût de la vie dans les pays pauvres. En France, une personne seule, sans enfants, gagnant 9 350 euros par an – un revenu inférieur au seuil de pauvreté français – dispose malgré tout de davantage de ressources que 85 % de la population mondiale.

Cela signifie qu’un montant donné engendrera beaucoup plus de bénéfices dans un pays pauvre que dans un pays riche. La différence peut être énorme – jusqu'à cent fois plus.
Partie I : LES CINQ QUESTIONS CLÉS DE L’ALTRUISME EFFICACE
II. ARBITRAGES DIFFICILES
Question #1 : Combien de bénéficiaires pour quel niveau d’impact ?
Certains médecins doivent faire des arbitrages difficiles lors d’un afflux de personnes blessées, en triant les patient·es en fonction de la gravité des blessures et des moyens à disposition pour les soigner. Dans la vie, on est dans la même situation lorsque l’on décide d’aider les autres ou non, ou lorsque l’on choisit quelle association soutenir.
Pour mesurer le niveau d’impact, certains outils peuvent nous aider. Par exemple, le QALY est un indicateur qui correspond à une année en bonne santé. Cette métrique permet de comparer des actions très différentes entre elles, et d’estimer leur efficacité.
Pour illustrer, on peut faire une estimation en QALY pour comparer deux interventions imaginaires :
Intervention 1 : améliorer de 20 % la qualité de vie d’une personne pour ses 60 années de vie restantes :

Intervention 2 : ajouter dix années de vie supplémentaires à une personne qui a une qualité de vie à 70 % :

La première intervention est meilleure que la deuxième car elle apporte plus de QALYs. La métrique QALY nous permet donc de comparer l'ampleur des avantages dont bénéficient différentes personnes en termes de qualité de vie.
Les QALYs, comme tout indicateur de santé, ont des limites. La perception de la qualité de vie varie selon notre état de santé : les personnes en bonne santé ont généralement une appréciation plus négative de l'impact des pathologies que celles qui en souffrent réellement. De plus, certaines critiques soulignent la nécessité d’accorder plus d’importance au fait d’éviter les décès des plus jeunes, ainsi que la situation des plus défavorisés. Ces questions restent ouvertes et font encore l’objet de débats académiques.
III. SAUVER DES CENTAINES DE VIES
Question #2 : Est-ce l’action la plus efficace ?
Il est courant dans certains contextes qu’une minorité de facteurs cause la majorité des effets. Par exemple, seules quelques personnes détiennent la plus grande part de la richesse mondiale. On peut résumer ce constat par le fait que 80 % des résultats observés proviennent de 20 % des causes.
Ce constat s'applique également aux actions caritatives et humanitaires, où 80 % des bienfaits proviennent des 20 % d'actions les plus efficaces. Par exemple, selon les estimations de l’évaluateur international GiveWell, l’organisation Against Malaria Foundation, qui achète et distribue des moustiquaires résistantes traitées à l’insecticide dans des zones infestées par le paludisme, a 500 fois plus d’impact en termes de QALYs pour chaque dollar collecté que des initiatives d’ablations de tumeurs cutanées.
Il est donc important de se concentrer sur les actions les plus efficaces : le simple fait de donner à ces organisations permet de sauver ou d’améliorer beaucoup plus de vies que ce que l’on aurait pu faire autrement.
IV. POURQUOI IL FAUDRAIT NE PAS DONNER À L’AIDE HUMANITAIRE D’URGENCE
Question #3 : Ce domaine est-il négligé ?
Certains événements, comme les catastrophes naturelles, suscitent beaucoup d’attention médiatique. Par exemple, le 11 mars 2011, la région de Tōhoku au Japon fut frappée par l’un des séismes les plus puissants jamais enregistrés. Le lendemain de la catastrophe, le montant de l’aide internationale avait atteint 5 milliards de dollars, et la Croix-Rouge publia un communiqué dans lequel elle annonçait que l’aide extérieure n’était plus nécessaire. En revanche, d'autres problèmes, bien que moins médiatisés, sont tout aussi graves, voire plus, tels que la santé et la pauvreté au jour le jour dans les pays pauvres. Ainsi, plus de 18 000 enfants, soit plus que le nombre total de victimes dans la région de Tōhoku, meurent chaque jour de causes évitables.
À titre de comparaison, pour chaque décès causé par ce séisme au Japon, 330 000 dollars ont été collectés, tandis que sur la même période des années 2010, la philanthropie et l’aide internationale n’ont consacré qu’environ 50 000 dollars en moyenne pour chaque décès lié à la pauvreté.
Si on prend en compte la loi des rendements décroissants, qui veut qu’un euro supplémentaire a davantage d’impact quand un problème reçoit peu de ressources, alors l’aide humanitaire d’urgence n’est pas le moyen d’avoir le plus grand impact positif. Si un événement suscite une émotion forte et une envie d’aider, alors il est probable que d’autres personnes aideront. Dans ce cas, notre don n’aura probablement pas le plus grand impact possible.
Cette loi de rendements décroissants peut aussi s’appliquer à notre orientation professionnelle. Greg Lewis, étudiant en médecine, s’est demandé l’impact qu’il aurait en tant que médecin aux États-Unis. Il s’est rendu compte que l’impact était plus faible qu’attendu, estimé à quatre personnes sauvées sur toute sa carrière plutôt que des dizaines de personnes s’il allait travailler dans des pays en situation de grande pauvreté. La principale raison de cela est que beaucoup de personnes choisissent cette carrière : en 2012, il y avait 878 194 médecins. Ces 878 194 auront déjà saisi toutes les opportunités faciles pour sauver des vies : en tant que 878 195ᵉ médecin, cela ne laisse que peu d’opportunités pour avoir aisément un impact concret sur l’amélioration de la santé des personnes.
V. COMMENT UN ILLUSTRE INCONNU UKRAINIEN CHANGEA LE MONDE
Question #4 : Qu’est-ce qui se serait passé autrement ?
Une personne qui a eu un immense impact positif est le virologue ukrainien Viktor Zhdanov, qui a plaidé auprès de l’OMS pour une campagne d’éradication de la variole en 1958. S’il n’avait pas été là, il aurait sans doute fallu attendre longtemps avant qu’une campagne soit menée. Si l’on suppose qu’il a contribué à avancer de 10 ans la campagne d’éradication de la variole, alors on peut estimer qu’il a sauvé la vie de 10 à 20 millions de personnes.
Pour évaluer l’impact de Viktor, on a estimé son impact contrefactuel, c’est-à-dire que l’on s’est demandé ce qu’il se serait passé s’il n’avait pas agi. De la même manière, lorsqu’il s’agit d’évaluer son impact, il est important de se poser cette question.
Ne pas le faire peut avoir des conséquences graves : l’exemple des programmes Scared Straight, développés par beaucoup de prisons aux États-Unis, l’illustre bien. Ces programmes consistent à montrer à de jeunes délinquant·es les dures conditions de vie dans les prisons, afin de les dissuader de poursuivre dans cette voie. Beaucoup de résultats positifs ont initialement été observés, avec une nette réduction de la délinquance. Mais lorsque des études ont cherché à mesurer l’effet contrefactuel – autrement dit, à comparer avec ce qui se serait passé sans le programme – elles ont conclu à un effet nul, voire négatif, du programme sur les taux de délinquance. Les améliorations observées s’expliquaient donc par d’autres facteurs, et auraient probablement eu lieu même en l’absence du dispositif.
VI. POURQUOI VOTER REVIENT À DONNER DES MILLIERS DE DOLLARS À UNE ONG
Question #5 : Quelles sont les chances de succès et quelle en serait l’ampleur ?
Une autre notion utile pour évaluer son impact est la théorie de la valeur attendue. Lorsqu’on envisage de faire carrière par exemple dans la politique ou la recherche, il est difficile d’évaluer précisément quel sera notre impact. Il peut donc être pertinent de faire des estimations probabilistes, en prenant en compte la probabilité et la valeur potentielle d’une action si elle survenait.
La notion de valeur attendue peut s’appliquer à différents domaines :
- La comparaison du risque de mortalité de différentes activités, comme prendre la voiture ou fumer une cigarette. Cela permet de déterminer à quel point une activité est dangereuse. Par exemple, prendre de l’ecstasy augmente le risque de décès d’une chance sur un million, tandis que faire de la plongée sous-marine l’augmente de cinq chances sur un million.
- La gestion des risques. Même si une catastrophe a peu de chances d’arriver, la gravité des conséquences si celle-ci survient pourrait amener à appliquer le principe de précaution et à se préparer au mieux à une catastrophe potentielle.
- Le vote. La valeur attendue d’un vote peut être positive même si les chances que le vote fasse une différence sont très faibles. Aux États-Unis par exemple, la probabilité qu’un vote fasse basculer les résultats d’une élection présidentielle est d’1 sur 60 millions. Si l’on suppose que l’on gagnera 1 000 dollars si notre parti remporte les élections (grâce à une augmentation des services publics ou à une réduction des impôts, par exemple), la valeur attendue du vote est d’un soixante-millionième multiplié par 1 000 dollars, soit 0,00167 centime. Cela semble négligeable, mais il ne faut pas oublier que ce sont tous·tes les Américain·es qui sont concerné·es par l’élection. Ce chiffre doit donc être multiplié par le nombre de citoyen·nes (314 millions). La valeur attendue du vote passe donc à environ 5 200 dollars par citoyen·ne. Appliquer la notion de valeur attendue permet donc de mieux appréhender l’impact de notre vote.
- La consommation éthique. Tout comme les votes, changer d’alimentation peut permettre d’influencer significativement les ventes de produits animaux, car cela peut constituer le point de bascule à partir duquel le gestionnaire d’un magasin décide de vendre moins de produits animaux. Des recherches ont montré qu'en moyenne, chaque fois qu'un œuf de moins est acheté, la production totale d'œufs diminue de 0,91 œuf. Pour chaque litre de lait en moins acheté, la production totale de lait diminue de 0,56 litre. Pour chaque kilo de bœuf, le chiffre est de 0,68 kg, pour chaque kilo de porc, de 0,74 kg, et pour chaque kilo de poulet, de 0,76 kg.
- Les choix de carrière. Même si la probabilité d’obtenir un certain poste peut être faible (lorsque l’on choisit d’emprunter une carrière politique, par exemple), si l’impact que l’on aurait en obtenant ce poste est très élevé, alors cela peut être une bonne option de continuer dans cette voie.
PARTIE II : L’ALTRUISME EFFICACE EN ACTION
Comment mettre en action les principes de l’altruisme efficace ? La deuxième partie du livre donne quelques éléments de réponse.
VII. COÛTS ADMINISTRATIFS, RÉMUNÉRATION DES DIRIGEANTS ET AUTRES CONFUSIONS
Quelles organisations ont le plus d’impact ?
Imaginons trois organisations :
- Books for Africa : fournit des livres à des classes en Afrique (frais administratifs : 0,8 %).
- GiveDirectly : transfère de l’argent à des familles pauvres (frais administratifs : 6 %).
- Development Media International : diffuse des messages radio et TV de santé publique (frais administratifs : 44 %).
Il est tentant de penser que l’organisation qui dépense moins en frais administratifs consacre plus d'argent à son programme d’aide, ce qui est une bonne chose. Selon ce critère, l’organisation Books for Africa serait la plus efficace des trois.
Mais est-il pertinent d’évaluer ces organisations sur ce critère ?
Cette façon de raisonner semble absurde dans d’autres contextes. En effet, lorsque l’on choisit entre plusieurs ordinateurs, on ne se demande pas quelle est la part de notre argent qui ira dans le salaire du vendeur ou de Microsoft. On réfléchit plutôt au produit, à sa qualité et ses performances.
De la même manière, lorsque l’on évalue plusieurs organismes de charité, on devrait plutôt réfléchir à l’impact concret qu’a une organisation par rapport à d’autres.
C’est ce que fait l’organisation caritative GiveWell, qui évalue les organisations de charité les plus efficaces à travers cinq questions clés :
- Que fait cette organisation ?
Bien que cette question puisse paraître évidente, il peut y avoir une différence significative entre ce que l’on croit qu’une association fait et ce qu’elle fait réellement.
- Quel est le rapport coût-efficacité de chaque programme ?
Toutes choses égales par ailleurs, une organisation qui obtient le même résultat qu’une autre avec deux fois moins d’argent a environ deux fois plus d’impact.
- Quelle est la solidité des données à l’appui de chaque programme ?
Pour éviter de surestimer l’impact d'un programme qui semble être très efficace, il faut s’appuyer sur des études, indépendantes si possible, qui permettent d’évaluer rigoureusement l’efficacité, comme des essais contrôlés et randomisés ou des méta-analyses.
- Chaque programme est-il correctement mis en œuvre ?
Même si une organisation a un programme extrêmement efficace, accrédité par des données solides, l’organisation peut mal le mettre en œuvre. Une étude commandée par le gouvernement kenyan a ainsi montré qu’un programme de distribution de moustiquaires était mal mis en œuvre, car les bénéficiaires les utilisaient plutôt pour pêcher ou sécher du poisson.
- Cette organisation a-t-elle besoin de fonds supplémentaires ?
Pour que les dons à des organisations aient le plus d’impact possible, encore faut-il que les organisations en fassent bon usage. GiveWell évalue donc le montant de financements supplémentaires dont une organisation a besoin, ainsi que la somme qu’elle prévoit de recevoir.
[Chaque année, des évaluateurs internationaux consacrent plus de 70 000 heures à évaluer l’efficacité d’associations œuvrant pour différentes causes, telles que l’écologie (Giving Green), la santé mondiale (GiveWell), ou encore la cause animale (Animal Charity Evaluators).
En France, des organisations comme Mieux Donner rassemblent ces recommandations et les mettent à disposition du grand public, afin de garantir que chaque don ait un impact maximal.
L’association Altruisme Efficace France tient également à jour une liste d’organisations remarquées pour leur potentiel d'impact très élevé par des évaluateurs internationaux, ainsi que des associations françaises recommandées selon leurs propres analyses.
Ajout de l'auteur : ce passage n'existe pas dans le livre original.]
VIII. LE DILEMME MORAL DES PRODUITS ISSUS D’ATELIERS CLANDESTINS
Comment les consommateurs peuvent changer les choses ?
- Ne boycottez pas les ateliers de misère
Les ateliers de misère sont des usines de pays pauvres qui produisent différents biens (jouets, textiles, etc). Les travailleur·euses subissent généralement des conditions difficiles, avec des journées de travail allant jusqu’à 16 heures par jour.
On pourrait penser que boycotter les produits issus de ces ateliers serait une bonne chose car les usines fermeraient, ce qui permettrait aux travailleur·euses de trouver un meilleur emploi. Mais en réalité, ces emplois sont parfois parmi les meilleures options disponibles dans les pays en développement, les alternatives étant souvent pires : récupération de déchets, chômage, etc. En boycottant ces usines, on ne fait qu’empirer leurs situations. En 1993, le sénateur américain Tom Harkin a interdit l’importation de biens issus du travail d’enfants. Par conséquent, beaucoup d'ouvriers textiles mineurs ont été licenciés et ont eu recours à des stratégies désespérées de survie comme le vol ou la prostitution.
- N’achetez pas de produits issus du commerce équitable
La certification « commerce équitable » permet en théorie d’assurer un meilleur revenu à des familles pauvres cultivant certains produits (bananes, chocolat, thé, etc). Mais acheter des produits issus du commerce équitable est-il réellement une bonne chose ?
Non, pour trois raisons :
- L’argent ne va pas aux populations les plus pauvres, car la certification coûte chère, et les pays pauvres n’ont donc pas les moyens d’en obtenir une. Pour avoir plus d’impact, il est par conséquent mieux d’acheter des produits issus des pays pauvres que du commerce équitable.
- Seule une petite portion de l’argent additionnel dépensé dans les produits du commerce équitable va aux agriculteur·rices. Les intermédiaires prennent le reste. Le docteur Peter Griffiths a par exemple estimé que seulement 1 % du prix additionnel du café commerce équitable rémunère les producteur·rices.
- Enfin, même la portion du prix additionnel perçue par les producteur·rices ne garantit pas une augmentation de revenus. Une étude menée en Éthiopie et en Ouganda a par exemple révélé que les producteur·rices du commerce équitable gagnent moins que celles et ceux faisant un travail similaire dans les secteurs conventionnels.
- Concentrez-vous sur les modes de vie écologiques qui ont le plus d’impact
Les actions écologiques qui ont le plus d’impact ne sont pas celles auxquelles on pense en premier, comme le fait d’éteindre nos appareils électroniques plutôt que de les laisser en veille. Il existe d’autres leviers d'action qui ont bien plus d’impact, comme changer son alimentation, réduire sa consommation d’électricité et de gaz, ou aider les associations qui réduisent ou évitent les émissions de CO₂ ailleurs dans le monde. C’est le cas par exemple de Cool Earth, qui aide les peuples autochtones d’Amazonie à ne pas vendre leurs forêts à des exploitations, limitant ainsi la déforestation.
- Faites attention aux produits animaux que vous choisissez
Certains animaux sont élevés dans des conditions bien pires que d’autres. C’est le cas notamment des poulets et des cochons, très souvent élevés dans des systèmes intensifs engendrant des souffrances intenses et prolongées.
Si l’on souhaite réduire efficacement la souffrance animale liée à son alimentation, il est utile d’estimer le nombre d'années de vie animale nécessaires pour produire sa consommation alimentaire moyenne en un an. Pour un·e Américain·e moyen·ne, ce nombre s’établit à :
- 4,56 années de vie pour les poulets d’élevage
- 1,14 année de vie pour les poules pondeuses
- 0,37 année de vie pour les porcs
- 0,22 année de vie pour les dindes
- 0,27 année de vie pour les vaches à viande
- 0,028 année de vie pour les vaches laitières
Cela signifie que le moyen le plus efficace de réduire la souffrance animale issue de sa consommation est d’éviter le poulet, suivi des œufs, du porc, et ainsi de suite.
IX. NE SUIVEZ PAS VOTRE PASSION
Quels métiers ont le plus d’impact ?
Pour déterminer quel métier aura le plus d’impact, on peut se poser trois questions :
- Est-ce que ce métier me correspond ?
On entend souvent qu’il faut « suivre sa passion ». Mais ce conseil est trompeur pour 3 raisons :
- La plupart des personnes n’ont pas les moyens de suivre leur passion dans leur travail.
- Les centres d'intérêt évoluent au cours d’une vie.
- Les principaux indicateurs d’épanouissement au travail ne sont pas liés à la passion, mais à la qualité de l’environnement de travail :
- À quel point je me sens autonome dans mon travail ?
- Est-ce que je comprends l’utilité de ma contribution ?
- Mes tâches sont-elles assez diverses ?
- Est-ce que j’ai des retours sur mon travail ?
- À quel point mon travail fait une réelle différence sur le bien-être d’autres personnes ?
« Suivre son instinct » n’est également pas un bon conseil car les données suggèrent que nous ne sommes pas très doué·es pour prévoir ce qui nous apportera du bonheur.
Pour savoir si un travail nous correspond, il est plus pertinent d’avoir une approche basée sur les faits : en apprendre plus sur un métier, faire des stages, ou demander des informations à d’autres personnes.
- Quel sera l’impact du travail fourni ?
Trois possibilités s’offrent à nous pour avoir de l’impact dans son travail :
- Quel est l’impact du travail fourni ?
- Quel argent je peux gagner et donner ?
- Quelle influence je peux avoir sur d’autres personnes ?
Ensuite, il faut tenir compte de l’efficacité de l’organisation dans laquelle on va travailler ou à laquelle on va donner. En effet, même si une personne travaillant à PlayPumps International est hautement qualifiée et motivée, elle n’aurait qu’un impact très faible.
- Quel est l’impact sur le long terme de ce job ?
Si l’on est en début de carrière, il peut être pertinent de chercher à constituer un « capital carrière », c’est-à-dire un ensemble de compétences, de connaissances et de réseau professionnel qui nous mettront en bonne position pour de futurs emplois ayant un fort impact.
À partir de ce cadre de réflexion, on peut construire plusieurs stratégies de carrière. Les meilleures options seront les « bons paris », tandis que les « plans à long terme à fort potentiel » auront une probabilité plus faible d’avoir un impact plus fort.
Les bons paris
A) Travailler pour une organisation efficace
Si on veut choisir cette option, il convient de se poser les questions suivantes :
- Cette organisation est-elle particulièrement efficace ?
- Est-ce que j’apprendrai beaucoup si je travaille dans cette organisation ?
- Est-ce que je souhaite travailler dans le secteur caritatif sur le long terme ?
B) Gagner pour donner
« Gagner pour donner » consiste à faire du don à des associations à fort impact son levier d'action principal. Plutôt que de chercher à travailler directement pour une cause qui nous tient à cœur, on choisit de conserver ou choisir un métier sans rapport direct avec cette cause, tout en reversant une part importante de ses revenus à des organisations particulièrement efficaces.
Si l’on envisage cette option, il faut déterminer quel est le potentiel de rémunération des différentes voies professionnelles. Aux États-Unis, les métiers les mieux payés, selon à la fois le niveau de compétences requis et la difficulté d’accès à ces professions, sont les suivants :
- Les postes de finance « de marché » ou de conseil sont très bien rémunérés, mais aussi plus risqués car fortement concurrentiels.
- Parmi les métiers moins risqués, la médecine est la voie la plus rémunératrice, notamment aux États-Unis.
- Hors de ces champs ultra-concurrentiels, on peut envisager l’informatique et le droit.
- Pour les personnes n’ayant pas de diplômes universitaires, les postes dans les services publics comme la police sont les mieux rémunérés.
- Parmi les métiers accessibles à une formation de niveau bac +2 à +3, le secteur du contrôle de la circulation aérienne et les professions médicales sont les meilleures options.
Quelles que soient les options que l’on choisit, il est également important de prévoir comment va évoluer ce métier à l’avenir. Le métier de chauffeur de taxi pourrait disparaître dans les prochaines décennies à cause du développement des voitures autonomes. Par conséquent, ce n’est peut-être pas la meilleure option à envisager.
C) Développer ses compétences
Si l’on n'est pas sûr·e de savoir quoi faire, construire un capital carrière peut être une excellente option, car elle permet de laisser la porte ouverte à beaucoup d’options de carrière. Le commerce et le marketing peuvent être de bonnes options pour cela.
Les plans à long terme à fort potentiel
A) L'entrepreneuriat
Si l’on veut créer une organisation à but non lucratif, il est pertinent de se concentrer sur les problèmes particulièrement importants. Il est également important de se demander pourquoi le problème auquel s’attaque l’organisation n’a pas été résolu, ou ne sera pas résolu dans le futur, par des entreprises à but lucratif, l’État ou d’autres organismes caritatifs.
B) La recherche
Les plus grandes contributions scientifiques proviennent d’un très petit nombre de chercheur·euses. On peut donc envisager cette option si on a d’excellentes compétences scientifiques dans un domaine de recherche.
Si on veut devenir chercheur·euse, il faut se demander quelles sont nos perspectives professionnelles, car le nombre de candidat·es est parfois beaucoup plus élevé que le nombre de postes disponibles.
Sur la base de ces critères, l’économie, les statistiques, les sciences informatiques et certains domaines de la psychologie sont les voies avec le plus fort potentiel d’impact.
Travailler sur plusieurs champs disciplinaires est également un bon moyen d’avoir un puissant levier d’impact, car ce type de recherches est fortement négligé.
C) Politique et plaidoyer
S’engager en politique, même si les chances de réussite sont faibles, peut être une bonne option car l’impact potentiel si l’on réussit peut être très important.
Le plaidoyer politique a également un impact potentiel très fort car il peut permettre d’influencer potentiellement plusieurs milliers de personnes.
Bénévolat
On peut envisager de faire du bénévolat si cela n’a qu’un très faible coût pour l’organisation dans laquelle on travaille. Sinon, on risque d’utiliser des ressources précieuses de management.
Mais il ne faut pas se limiter à ce critère. Il faut également prendre en compte l’expérience et les compétences que pourra nous apporter l’organisation. Ainsi, même si notre contribution est peu utile à l’organisation, notre expérience de volontariat peut façonner nos choix de carrière et développer des compétences précieuses.
Les évolutions de carrière
Et si l’on souhaite être utile plus tard dans sa carrière ? Dans ce cas, différentes évolutions de carrière peuvent être envisagées. Pour les personnes qui n’ont pas développé de compétences utiles pour l’action sociale, choisir ou conserver une carrière bien rémunérée et donner une part substantielle de ses revenus à des organisations à fort impact peut être une bonne option. Plutôt que de s’engager dans une organisation à but non lucratif où l’on gagnera moins d’argent, conserver son poste et donner une partie de son salaire peut être plus satisfaisant et efficace.
X. PAUVRETÉ VS CHANGEMENT CLIMATIQUE VS…
Vers quelle cause concentrer ses efforts ?
Pour savoir quelle cause prioriser, l’auteur recommande un cadre de réflexion à travers trois questions :
- Quelle est l’ampleur du problème ?
L’ampleur du problème fait référence à l’impact total ou potentiel de celui-ci sur le bien-être des individus.
Plus le problème a de l’ampleur, et plus il devrait être prioritaire, car il y a moins de chances que les interventions efficaces pour le résoudre aient été épuisées, et un progrès dans ce domaine bénéficiera à plus d’individus.
- Cette cause est-elle négligée ?
Le caractère négligé concerne le total des ressources investies pour cette cause relativement à son ampleur. Souvent, les problèmes dont on entend le plus parler sont moins négligés que les problèmes qui attirent moins l’attention.
- Quel est le potentiel d’amélioration ?
Il est préférable de s’attaquer aux problèmes qui sont plus faciles à résoudre que d’autres, toutes choses égales par ailleurs. Le vieillissement par exemple est un problème important car il concerne des milliards de personnes. Il est aussi négligé, mais la plupart des scientifiques pensent qu’il est très difficile à combattre. Le vieillissement n’est donc pas forcément une cause à prioriser.
Si l’on pense à investir du temps plutôt que de l’argent, il faut prendre en compte une quatrième question : notre adéquation personnelle.
[Liste de recommandations de causes à prioriser :
- Santé et pauvreté dans le monde
- Souffrance des animaux destinés à l’alimentation (élevages intensifs, pêche). Certaines recherches récentes se concentrent également sur la réduction de la souffrance des animaux sauvages.
- Risques catastrophiques mondiaux et protection du futur de l'humanité (intelligence artificielle, pandémies, guerres nucléaires, etc)
Ajout de l'auteur : cette liste actualise les recommandations de l'ouvrage « Faire le bien, en mieux ! » et ne figure donc pas sous cette forme.]
CONCLUSION
Question : Que faire dès dans l’immédiat ?
Voici quatre idées pour garder sa motivation à agir :
- Établir une routine de dons. Vous pouvez aller sur le site de l’organisation Mieux Donner pour trouver une organisation efficace et vous engager à donner régulièrement.
- Mettre par écrit la manière dont on inclura l’altruisme efficace dans notre vie.
- Rejoindre la communauté de l’altruisme efficace. Sur le site d’Altruisme Efficace France, vous pourrez en apprendre plus sur l’altruisme efficace et les différentes façons de s’impliquer.
- Parler de l’altruisme efficace aux autres. Par exemple, pour Noël, encouragez vos proches à faire des dons à des organisations efficaces plutôt que de vous faire des cadeaux.
Pour celles et ceux qui souhaitent s’impliquer davantage, il est possible d’adhérer à l’engagement promu par Giving What We Can et Mieux Donner de faire don de 10 % de ses revenus, de consulter les conseils d’orientation proposés par 80,000 Hours, ou encore de créer un groupe local d’altruisme efficace. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter ce site : https://www.altruismeefficacefrance.org
