Où travailler pour mieux se positionner à long terme ?

Mozart est l’un des plus célèbres enfants prodiges de l’histoire. Ce que peu de gens savent, c’est que son père était un professeur de musique célèbre dans le monde entier qui a commencé son instruction dès ses trois ans. La sœur de Mozart était également une musicienne accomplie. Le tableau ci-dessus les représente en train de travailler ensemble. Il faut beaucoup de pratique pour acquérir des compétences exceptionnelles.

On aime déifier les Mozart, les Malala Yousafzai, les Mark Zuckerberg – ces personnages qui ont atteint un succès retentissant dans la fleur de l’âge –, et il y a pléthore de récompenses pour les jeunes leaders, comme Forbes 30 Under 30.

Mais si ces histoires nous fascinent, c’est précisément parce que ce sont des exceptions.

La plupart des gens atteignent leur impact maximal à l’âge mûr. Le revenu arrive généralement à un plafond à la quarantaine ; la plupart des gens mettraient donc environ 20 ans à accéder à leur productivité maximale1.

De la même façon, les experts d’un domaine atteignent leurs aptitudes maximales entre 30 et 60 ans2, et cet âge continue de reculer3.

Des analyses plus détaillées de ces résultats ont conduit à la conclusion que les performances de niveau expert dans des domaines définis requièrent généralement 10 à 30 ans de spécialisation4. K. Anders Ericsson, chef de file dans son domaine de recherche, a déclaré après 30 ans de travail :

Je n’ai jamais vu d’exemple convaincant d’individu développant des capacités extraordinaires sans une pratique prolongée et ciblée.

Pour réussir si jeune, Mozart a dû commencer encore plus jeune. Son père était un professeur de musique renommé et l’a fait travailler intensément dès le berceau.

Le succès n’arrive donc pas en un claquement de doigts. C’est une nouvelle peu réjouissante à première vue, mais voyez le bon côté des choses : vous avez, aujourd’hui, énormément de marge pour monter en compétences.

Nous recevons souvent des personnes qui nous disent : « Je crois que je n’ai pas de compétences utiles à faire valoir. » Et souvent, c’est vrai. Si vous sortez fraîchement d’études, vous avez sans doute passé les quatre dernières années à travailler sur Moby Dick, la mécanique quantique et Machiavel, et, selon toute probabilité, rien de tout ça ne se retrouvera dans votre premier emploi.

Mais les recherches d’Ericsson suggèrent aussi que n’importe qui peut s’améliorer dans à peu près n’importe quoi en s’exerçant de manière ciblée. Bien sûr, il y a aussi d’autres facteurs : si vous mesurez 2 mètres, acquérir un bon niveau en basket vous sera plus facile, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas progresser du tout en dessous d’une certaine taille.

Donc, même si vous pensez ne pas avoir grand-chose à offrir pour l’instant, vous avez tout le temps de développer ces compétences, et pourrez sans doute progresser pendant encore plusieurs décennies. Au début de votre carrière, cet objectif devrait être votre priorité no 1.

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En deux mots

Le capital professionnel, c’est tout ce qui peut vous mettre dans une meilleure position pour faire une différence à l’avenir : compétences, réseau, diplômes, références, personnalité et sécurité financière.

Pour commencer à développer ce capital professionnel, nous vous suggérons de développer des compétences utiles. Pour ce faire, vous devez :

  • Vous concentrer sur des apprentissages particulièrement utiles pour résoudre des problèmes urgents ;
  • Viser des aptitudes qui soient adaptées à vous ;
  • Les mettre en pratique pendant des années sous une bonne supervision ;
  • Repérer les occasions d’améliorer vos chances de vous trouver au bon endroit au bon moment (par exemple, en travaillant dans des domaines novateurs et en pleine expansion).

Acquérir du capital professionnel, surtout au début de votre vie active, c’est vital, parce que c’est ce qui va vous permettre d’améliorer votre productivité à long terme. Il est rare d’avoir un impact énorme dès son premier ou même son deuxième travail, et, en général, c’est le capital professionnel qui devra être votre priorité no 1 à ce moment-là.

Voici quelques axes typiques d’acquisition de capital professionnel qui peuvent vous aider à trouver des idées pour la suite de votre parcours :

Le capital professionnel est généralement la priorité no 1 dans vos premiers emplois, mais ensuite, il devient plus difficile de juger ce qu’il vaut mieux privilégier entre capital professionnel et impact ; tout dépend des options à votre disposition. Idem pour le choix entre capital professionnel spécialisé et capital professionnel transférable : il faut voir en fonction des circonstances.

Il y a également beaucoup de façons possibles d’acquérir du capital professionnel au sein même de votre travail actuel. Ce sera le sujet d’un article ultérieur.

Pourquoi le capital professionnel est un paramètre crucial

Chantelle5 voulait faire une différence dès sa sortie de l’université, et a même réussi à décrocher un poste prometteur en tant que responsable de programme chez une organisation à but non lucratif travaillant à la prévention des pandémies. Mais, dans sa petite équipe, il était difficile de trouver le temps de cultiver ses compétences, et elle n’a pas réussi à avoir autant d’impact à son poste qu’elle l’espérait. Au bout de quelques mois, elle s’est retrouvée stressée, insomniaque et complètement épuisée.

Chantelle a alors décidé de poursuivre ses études. Non seulement sa situation est bien plus agréable, mais elle sent également qu’elle apprend des choses qui seront très utiles à sa future carrière.

C’est désagréable de devoir repousser le moment de faire quelque chose d’utile, mais c’est rare d’avoir un impact important dès le début.

À l’aube de votre carrière, mieux vaut vous assurer d’investir dans vos compétences et de vous entraîner autant que nécessaire pour maximiser votre impact à long terme.

C’est d’autant plus vrai que vous pouvez énormément gagner en productivité au cours de votre vie professionnelle. Comparez l’impact potentiel d’une scientifique, d’un politicien ou d’une PDG au sommet de leur carrière (40 à 50 ans) à leurs capacités d’influence en sortie d’études.

Au cours de nos séances de conseils, nous avons vu beaucoup de personnes gagner en succès et devenir plus heureuses et plus performantes en investissant en elles-mêmes, et ce souvent dans des domaines étonnants où elles ne pensaient pas être capables de se débrouiller aussi bien.

Trop se concentrer sur son impact trop tôt peut même constituer un manque de vision à long terme, si cela compromet vos chances d’obtenir un meilleur poste plus tard.

Pour la plupart des gens, donc, en début de vie active, la priorité no 1 sera d’accumuler ce fameux capital professionnel. Voyons plus en détail ce que nous entendons par là.

Les cinq composantes du capital professionnel

Comme vu plus haut, le capital professionnel, c’est tout ce qui peut vous mettre dans une meilleure position pour faire une différence ou vous assurer une carrière épanouissante à l’avenir.

Nous distinguons en général les composantes suivantes, auxquelles vous pouvez vous référer pour comparer vos options en termes de capital professionnel :

  • Compétences et connaissances : qu’allez-vous apprendre, à quelle vitesse, et ces savoirs seront-ils très utiles ? Le travail le plus efficace à cet égard est celui qui vous pousse à vous améliorer et qui vous donne accès à beaucoup de retours de la part de vos mentors et collègues. Demandez-vous : « Quelle option me permettrait d’apprendre le plus vite ? »
  • Réseau : avec qui allez-vous travailler, qui allez-vous rencontrer ? Des personnes avec qui vous pourrez peut-être travailler à l’avenir sur des projets à fort impact ? Avec qui vous allez tisser des liens et qui vont vous soutenir ou vous mentorer ? Qui ont de l’influence ? Qui vont vous ouvrir à d’autres cercles ?
  • Diplômes et qualifications : on ne parle pas seulement de diplômes universitaires formels, mais aussi de tout ce qui constitue un accomplissement, contribue à votre réputation, ou, d’une manière ou d’une autre, permettra de démontrer vos capacités aux personnes avec lesquelles vous souhaiteriez travailler (collègues et employeurs ou employeuses). Si vous écrivez, ce sera peut-être la qualité de votre blog. Si vous programmez, ce sera peut-être votre GitHub. Si vous voulez contribuer positivement, comment pouvez-vous montrer que vous avez cultivé cet intérêt ? 
  • Personnalité et valeurs : cette option vous permettra-t-elle d’entretenir des qualités comme la générosité, la compassion, l’humilité, l’intégrité, l’honnêteté, le jugement et le respect normes sociales et professionnelles ? En particulier, les personnes avec qui vous allez travailler (puisque vos collègues auront beaucoup d’influence sur vos comportements professionnels) présentent-elles ces traits de caractère ? Ils sont très importants pour vous assurer la confiance des autres, travailler en équipe et éviter de nuire à une cause. C’est aussi en les cultivant que, face à une décision à fort enjeu, vous serez capable de faire le choix éthique. 
  • Matelas de sécurité : Combien allez-vous pouvoir mettre de côté avec ce travail ? Nous entendons par « matelas de sécurité » le nombre de mois pendant lequel vous pourriez vivre confortablement sans revenu supplémentaire. Cela dépend à la fois de votre épargne et de vos capacités d’adaptation budgétaire. Nous vous recommandons de viser au moins 6 mois pour garantir votre sécurité financière, et 12 à 18 mois pour rester flexible si vous envisagez un changement de carrière majeur. En général, il vaut mieux rembourser vos dettes à taux d’intérêt élevés avant de donner plus de 1 % par an ou d’accepter un poste à fort impact beaucoup moins bien payé.

Comment acquérir un excellent capital professionnel ? Développez des compétences utiles.

S’il fallait résumer tous nos conseils sur l’acquisition de capital professionnel en une phrase, ce serait ça : développez des compétences utiles.

En d’autres termes, assimilez à la fois des aptitudes appréciées sur le marché du travail – celles qui vous permettront de négocier les ingrédients d’un emploi épanouissant – et d’autres qui sont nécessaires pour avancer sur les problèmes les plus urgents.

Une fois que vous avez ces compétences précieuses, il vous faut aussi apprendre à les vendre aux autres et à tisser des liens avec le reste de votre secteur, par exemple en accumulant des preuves de votre compétence (comme des diplômes ou des projets présentés publiquement) de façon délibérée, ou en « réseautant » au sens le plus courant du terme (aller à des conférences, entretenir une communauté sur Twitter, etc.). Toutes ces activités participent à votre capital professionnel, c’est vrai, mais elles deviennent beaucoup plus faciles une fois que vous avez quelque chose d’utile à offrir, raison pour laquelle nous insistons sur les compétences avant tout.

Acquérir une compétence utile nécessite généralement une association des quatre ingrédients ci-dessous :

  1. Choisir les aptitudes qui vous seront précieuses. Dans l’article précédent, nous donnions des catégories générales de compétences qui, selon nous, sont importantes pour avoir un impact : construction d’organisations, communication d’idées et développement de communauté, capacité à gagner pour donner, et enfin, gouvernance et réglementation. Nous avons aussi un article hors guide sur les aptitudes qui vous rendent le plus employable
  2. Cibler celles qui vous correspondent le mieux, c’est-à-dire qui sont en adéquation avec vos talents actuels et que vous pouvez apprendre le plus vite. Ce sera le sujet de notre prochain article.
  3. Pratiquer. Dans la plupart des métiers, l’excellence demande des années de travail, voire des décennies, donc ne vous attendez pas à faire des merveilles dès le début. L’autre conclusion, c’est qu’il est vital pour vous de trouver quelqu’un qui vous servira de mentor, et de choisir un domaine où vous pourrez rester longtemps.
  4. Accroître vos chances d’être au bon endroit au bon moment. Par exemple, c’est beaucoup plus facile d’atteindre le sommet d’un secteur tout nouveau en pleine croissance que celui d’un mastodonte comme le droit : la concurrence y est beaucoup moins féroce. De la même façon, faire partie du bon environnement peut être un facteur primordial. Si vous avez croisé la route d’une communauté, d’une personne ou d’une organisation avec une dynamique intéressante, essayez de faire un bout de chemin avec. Ça paiera peut-être.

En bref, essayez de maximiser votre taux d’apprentissage utile.

Dans la section suivante, nous allons évoquer certains types de postes concrets que nos collaborateurs et collaboratrices ont souvent trouvés intéressants pour l’amélioration de leur capital professionnel.

Vous avez également beaucoup de possibilités au sein de votre travail actuel d’investir dans votre succès futur et d’améliorer votre capital professionnel. C’est si fondamental que nous en parlons dans un article ultérieur sur le développement personnel, avec des conseils pour travailler sur ses qualités professionnelles, réseauter, épargner, et gagner en efficacité de façon plus générale. Dans notre article sur comment trouver un emploi, nous donnons aussi des conseils pour bien vendre le capital professionnel déjà acquis.

Quelles seront les compétences les plus précieuses à l’avenir ?

Vous voulez travailler dans l’illustration ou devenir assistant juridique ou médical ? Ces métiers auront peut-être bientôt disparu.

Il y a quelques dizaines d’années, on présentait les échecs comme l’exemple type de discipline qui resterait éternellement inaccessible à un ordinateur. Mais, en 1997, Kasparov a été vaincu par le programme Deep Blue.

Une analyse de 2020 a étudié les effets de trois types d’automatisation sur le marché du travail au cours des dernières décennies : logiciel standard, robots et intelligence artificielle. L’auteur a constaté que les progrès en technologies de l’information et en logiciel ont réduit le nombre de postes administratifs ou très routiniers, tandis que les avancées en robotique ont remplacé de nombreux métiers manuels, mais pas ceux qui nécessitent de l’intelligence sociale ou de la créativité.

Mais c’est le développement rapide de l’IA – de l’apprentissage automatique en particulier – qui, selon nous, pourrait avoir l’impact le plus important sur votre carrière.

Jusqu’ici, les applications les plus réussies de l’apprentissage automatique impliquaient de collecter énormément de données pour entraîner un algorithme sur un sujet spécifique. On voit donc déjà des automatisations dans le fonctionnement de centrales électriques ou l’analyse de tests médicaux.

Ces dernières années, on a assisté à des progrès énormes dans les systèmes d’IA, qui ont gagné en polyvalence et en créativité. Les plus avancés d’entre eux peuvent réussir des examens académiques mieux que la plupart des êtres humains, générer des images extrêmement réalistes à partir de simples descriptions et résoudre certains problèmes de programmation compliqués. Rien de tout cela n’était possible il y a quelques années à peine.

Un article de 2013, dont nous avons déjà traité, spéculait que les tâches nécessitant de la créativité seraient parmi les plus difficiles à automatiser. Pourtant, la génération d’idées fait partie des forces des systèmes d’IA les plus récents. Par exemple, ils peuvent proposer quasi instantanément des centaines d’images mélangeant le style de Dali et celui de Pollock, ou une infinité d’idées de titres accrocheurs.

Les catégories de tâches les plus difficiles à automatiser seront sans doute les suivantes :

  • La prise de décision et la résolution de problèmes, par exemple le choix parmi une série d’images générées par IA, et surtout les décisions où il est important qu’un être humain (par exemple pour des raisons légales) reste impliqué dans le processus.
  • L’intelligence sociale et le relationnel.
  • Les compétences motrices compliquées. Les robots ayant vu moins de progrès que les systèmes d’IA générative, les métiers comme la plomberie ou la chirurgie seront sans doute moins affectés (pour l’instant du moins).
  • L’expertise de haut niveau. Les systèmes d’IA ne sont toujours pas aussi performants que les spécialistes les plus remarquables au sein de leur domaine d’expertise. (Mais on ne sait pas pour combien de temps.)

Il est vraiment difficile de prédire comment le marché du travail en sera affecté au cours des 10 prochaines années.

L’analyse de 2020 évoquée ci-dessus affirmait que les métiers des 70 aux 99 premiers centiles en termes de revenu seraient le plus affectés par les progrès de l’IA et risquaient d’enregistrer une baisse du revenu relatif. Parmi les domaines les plus susceptibles d’être touchés, on trouve l’ingénierie chimique, l’optométrie et la logistique. À l’inverse, les plus épargnés seraient les arts du spectacle, la préparation de repas et l’enseignement supérieur. (Cependant, cette analyse n’est qu’un modèle, lui faire aveuglément confiance ne serait pas prudent.)

Il ne s’agit pas de dire que les métiers les plus affectés par l’automatisation feront face à une augmentation du chômage ou à une baisse de salaire. Si chaque ingénieur et ingénieure chimiste que vous embauchez peut abattre deux fois plus de travail que précédemment, peut-être que vous allez diviser les recrutements par deux, mais peut-être aussi que vous allez faire précisément le contraire, parce que maintenant, ces personnes produisent deux fois plus de valeur qu’avant. Tout dépend de l’orientation économique qui résultera du changement.

Ce qui est clair, c’est que les emplois disponibles vont de plus en plus demander des tâches difficiles à automatiser, et de moins en moins celles qui peuvent être accomplies par des systèmes d’IA.

Donc, si vous voulez que vos compétences restent utiles à l’avenir, concentrez-vous sur les compétences les plus difficiles à automatiser (comme celles qui sont mentionnées ci-dessus, par exemple), et surtout sur la façon dont l’IA peut vous aider à augmenter votre productivité. Les meilleures performances sur le marché du travail à l’avenir iront probablement aux individus capables de se servir de l’IA et de l’automatisation pour résoudre les problèmes importants.

Il est presque impossible de savoir ce qui se passera au-delà de l’horizon 5 à 10 ans. Les systèmes d’IA finiront probablement par être capables d’exercer à peu près tous les métiers mieux que les êtres humains, et qui sait quel visage aura l’économie ce jour-là.

Pour en savoir plus, consultez notre entretien d’août 2023 avec Michael Webb au sujet de l’impact de l’IA sur l’économie.

Votre capital professionnel : étapes concrètes

Pour vous aider à booster votre capital professionnel, nous vous avons préparé une liste de compétences utiles, avec des conseils pour autoévaluer votre adéquation personnelle vis-à-vis de ces aptitudes et vous lancer dans leur acquisition.

Nous vous conseillons de choisir la compétence qui semble vous convenir le mieux et de vous concentrer dessus pendant deux ou trois ans.

Pour trouver quoi faire à partir de là, demandez-vous : quel poste m’aiderait le plus à apprendre cette compétence dans les quelques années à venir ?

Voilà deux autres manières d’identifier la prochaine étape de votre parcours :

Un : vous pouvez partir de votre objectif à long terme. Demandez-vous : « Si je veux arriver là, qu’est-ce qui me permettra d’avancer le plus vite ? » Cette technique peut vous aider à repérer des moyens particulièrement efficaces de progresser. (Nous en parlerons davantage dans notre article au sujet de la planification de votre carrière.)

Deux : vous trouverez ci-dessous quelques idées de postes qu’il est possible d’occuper pendant deux ou trois ans (voire moins) et qui, d’après notre expérience, sont généralement très utiles pour acquérir des compétences. Notez tous ceux qui pourraient être intéressants pour vous – vous pouvez les ajouter dès maintenant à votre liste de potentielles étapes à venir, sur laquelle nous nous pencherons plus tard dans ce guide.

1. Travailler dans une organisation en pleine croissance qui a la réputation de bien performer dans votre domaine

Si vous sortez d’études, avoir un travail concret est sans doute quelque chose que vous ne savez pas bien faire.

En cours, vous avez appris à trouver des réponses claires à des problèmes bien définis dans des délais impartis, et il y avait toujours des solutions à votre portée. Dans le monde du travail, le cœur du défi est souvent de commencer par identifier le problème et de prioriser les sujets. Les projets n’ont pas (automatiquement) de périmètre ou de critères de réussite bien définis. Et il n’est pas toujours possible d’atteindre des performances excellentes, ou pas avant plusieurs années.

Vous ne maîtrisez sans doute pas les fondamentaux, comme diriger un point hebdomadaire, lire des états financiers, faire une bonne présentation ou parler à votre boss.

Une de vos meilleures tactiques en sortie d’études sera donc d’aller travailler avec n’importe quelle équipe très performante et très intègre où l’on pourra vous enseigner la très précieuse compétence de faire avancer le schmilblick.

Si l’organisation en question a bonne réputation, ce sera également une référence intéressante sur votre CV. Et vous aurez probablement l’occasion de rencontrer plein d’autres personnes ambitieuses, et ainsi d’étoffer votre réseau.

Si elle est en pleine croissance, vous aurez davantage d’opportunités de promotions, votre moral sera meilleur et vos accomplissements futurs seront d’autant plus impressionnants.

Il est difficile de trouver l’intégralité de ces critères dans un seul poste, mais ils valent tous la peine d’ouvrir l’œil. Voici quelques considérations à garder en tête quand vous choisissez votre futur emploi :

Privé ou associatif ?

Le secteur privé est peut-être un meilleur endroit pour apprendre la productivité, car l’objectif de rentabilité offre un mécanisme de feed-back clair qui élimine plus rapidement le travail inefficace. Les organismes à but non lucratif conventionnels, d’après nos impressions, sont pour la plupart assez dysfonctionnels ; c’est l’une des raisons pour lesquelles leurs leaders recommandent souvent de monter en compétences ailleurs.

Un autre facteur important à prendre en compte : il y a beaucoup plus d’emplois dans le privé, et ses salaires plus élevés peuvent vous permettre de constituer une réserve de sécurité.

Cela dit, il y a beaucoup d’excellentes organisations et équipes dans tous les secteurs, y compris dans l’associatif, les pouvoirs publics et le monde universitaire.

Même en mettant de côté la question de l’impact, travailler dans un organisme dédié à une mission sociale peut vous offrir des avantages majeurs, comme en apprendre davantage sur un problème urgent, rencontrer et côtoyer d’autres personnes qui veulent avoir un impact positif, ainsi que de trouver plus de motivation et de sens au travail.

Petite ou grande structure ?

Dans les organisations de taille réduite, vous pouvez généralement apprendre un plus vaste panel de compétences et potentiellement vous voir confier davantage de responsabilités plus vite. Les grosses structures sont en général plus connues et font donc de meilleures références sur votre CV, offrent des postes plus stables et ont souvent davantage de capacités de formation et de mentorat.

L’argument suivant est plus spéculatif, mais dans les petites structures, le succès est peut-être davantage corrélé aux performances, tandis que gravir les échelons dans une grande organisation nécessite davantage de manœuvres politiques et bureaucratiques (même si mener sa barque dans ce genre d’environnement peut être une compétence intéressante en soi !)

Si vous voulez travailler dans le secteur du non-lucratif à plus long terme, vous obtiendrez potentiellement des compétences plus pertinentes dans de petites structures, car c’est surtout ce modèle que vous retrouverez plus tard. À l’inverse, si vous vous destinez au gouvernement et à la politique, les gros organismes vous prépareront peut-être mieux. 

Avec quel genre de personnes allez-vous travailler ?

La culture d’entreprise peut être très différente d’une organisation à l’autre, et même d’une équipe à l’autre dans la même structure.

Votre priorité, pour le capital professionnel, sera de travailler à un endroit où vous bénéficierez d’un bon mentorat et de retours constructifs sur votre travail. C’est difficile d’apprendre sans de bons profs ou modèles. De la même façon, la personnalité de votre entourage au travail va déteindre sur vous.

Quelles sont les meilleures options concrètes selon nous ?

Une des options à envisager sérieusement, c’est de travailler dans une start-up technologique prometteuse qui vous permettra potentiellement de combiner la plupart des avantages ci-dessus : des équipes très performantes et très orientées résultats, une progression rapide et l’opportunité d’acquérir une panoplie de compétences généralistes. Si la start-up réussit, ce sera aussi une bonne référence sur votre CV et une bonne nouvelle pour vos finances. Points bonus si vous arrivez à dénicher une entreprise où vous pouvez apprendre des compétences pertinentes pour un problème planétaire.

Bien sûr, beaucoup de ces start-up sont terriblement mal gérées et vouées à l’échec. Mais il y a des mesures que vous pouvez prendre pour améliorer vos chances de vous retrouver dans une boîte qui fonctionne. Pour en savoir plus, voir notre analyse de carrière sur les postes en start-up.

Autre option à envisager : travailler pour des laboratoires d’IA de premier plan comme OpenAI ou DeepMind. Ce sont des organisations très performantes dans lesquelles vous pourrez apprendre beaucoup sur la recherche au sujet de l’IA et vous faire un réseau dans ce domaine, tout en vous assurant des options « plan B » très intéressantes. Dans l’idéal, il s’agirait d’un poste qui vous permettrait de travailler directement sur la sécurité de l’IA ou sur sa réglementation, car se contenter de booster la croissance des capacités de l’IA serait dangereux au vu des risques potentiels qu’elle apporte – nous ne recommandons pas d’accepter un emploi nuisible pour acquérir du capital professionnel. Cependant, tous les spécialistes ne sont pas d’accord. Pour en savoir plus, vous pouvez lire cet article plus complet qui contient des conseils anonymes de spécialistes au sujet des postes permettant de faire progresser les performances de l’IA et de la position à adopter dans ce cadre.

Beaucoup d’autres possibilités pourraient entrer dans cette catégorie. Consultez la liste de nos organisations recommandées pour voir celles qui sont particulièrement pertinentes pour nos problèmes urgents. (Mais gardez en tête que toutes ne seront pas des endroits intéressants pour l’acquisition de capital professionnel.)

Dans le privé, les options généralement envisagées sont les grandes entreprises de technologie numérique, les grandes sociétés financières, le consulting (qui permet lui-même d’explorer différents choix), les services professionnels (notamment les « Big Four » des cabinets d’audit financier et de conseil) et le droit. Notre conseil : éliminez les options qui vous semblent nocives et concentrez-vous sur celles pour lesquelles vous avez la meilleure adéquation.

2. Poursuivre vos études supérieures dans des domaines choisis avec soin

On voit souvent des gens se retrouver dans des parcours de master recherche ou de doctorat qui ne leur offrent pas de bonnes options de secours, et ce, sans même avoir la certitude de vouloir rester dans le milieu académique. C’est rarement une bonne idée.

En fin de licence, Bilal s’est lancé dans un projet de recherche en cosmologie. Poursuivre en doctorat lui semblait être la suite logique. Mais une fois ce doctorat commencé, il a conclu qu’il en tirerait essentiellement des connaissances en cosmologie universitaire, or, il n’était pas convaincu qu’une carrière dans ce domaine serait un excellent moyen pour lui d’avoir un impact positif. Au lieu de faire le choix facile de rester là où il était, il a décidé d’interrompre son parcours pour reprendre un processus d’acquisition de compétences.

Cependant, certains parcours en master ou doctorat peuvent vraiment propulser votre carrière. À choisir, les plus intéressants sont peut-être les doctorats en économie ou en apprentissage automatique :

  • Après un doctorat en économie ou en apprentissage automatique, on peut presque toujours trouver un poste en lien avec l’un de ces deux domaines si on le souhaite. Toutes les thèses n’offrent pas ce luxe.
  • L’apprentissage automatique est en lien direct avec l’un des problèmes les plus urgents du monde – les risques liés à l’intelligence artificielle – tandis qu’une formation en économie vous prépare à travailler sur beaucoup de sujets importants, y compris la réglementation de l’IA, la recherche sur les causes prioritaires, le développement international et bien d’autres encore.
  • L’économie vous permet des passerelles vers le reste des sciences sociales ou vers des postes importants en politique. De la même façon, les compétences en apprentissage automatique peuvent être appliquées dans beaucoup d’autres domaines d’étude.
  • Ces deux domaines vous donnent accès à des options de secours bien payées.

Mais il peut y avoir beaucoup d’autres bonnes options.

Si vous envisagez de faire de la poursuite de vos études supérieures votre prochaine étape, voici quelques conseils pour choisir votre sujet :

Exemple : Dillon ne s’imaginait pas étudier autre chose que la philosophie. Mais il a découvert les recherches qui montrent qu’on peut facilement développer de nouveaux centres d’intérêt. Convaincu, il a décidé de suivre des unités d’enseignement en économie et en informatique, deux matières qui lui semblaient lui ouvrir davantage de portes que la philosophie. Il les a plus appréciées que prévu, et il fait aujourd’hui un doctorat en économie.

« Si vous voulez rendre le monde meilleur, les conseils de 80,000 Hours sont précieux. »

Lire l’histoire de Dillon

3. Mettre un pied dans les carrières politiques

Tom Kalil a travaillé pendant 16 ans pour les gouvernements Clinton puis Obama. Il a œuvré, entre autres, à l’essor d’internet, des nanotechnologies, et de la modélisation cérébrale de pointe. 

Le premier pas de ce parcours ? Sa décision de s’impliquer bénévolement dans la campagne de Michael Dukakis, candidat à la présidence des États-Unis en 1988. Dukakis a perdu, mais certaines des personnes pour qui Kalil avait travaillé ont fini par travailler pour Bill Clinton en 1992, et Clinton, lui, a gagné.

Podcast :
Tom Kalil


Dans cette interview, Tom Kalil nous explique comment il s’est retrouvé à travailler pour la Maison-Blanche sous deux présidents différents et comment il a pu influencer la vie politique à son poste.

En savoir plus

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, les carrières dans la gouvernance et la réglementation peuvent avoir un impact très important. Il y a également beaucoup d’emplois différents disponibles, avec un certain nombre de portes d’entrée en commun. Ces portes peuvent donc ouvrir beaucoup d’options à fort impact tout en vous offrant une expérience professionnelle généraliste utile, des connaissances sur le milieu de la politique, du réseau et de la valorisation sur votre CV.

Ces options peuvent notamment inclure des :

  • Bourses et programmes de développement du leadership dans l’exécutif, notamment dans l’Union européenne ;
  • Postes au service de politiciens et politiciennes ;
  • Travail au sein d’une campagne politique ;
  • Postes de recherche dans des think tanks ;
  • Postes juniors dans l’exécutif.

La pertinence de ces options pour l’acquisition de capital professionnel dépend des spécificités du poste et des personnes avec qui vous allez travailler. Aurez-vous un bon accompagnement ? Quelle est la réputation de ces individus dans leur domaine ? Présentent-ils de bonnes qualités humaines ? Êtes-vous d’accord avec leurs objectifs politiques ? La culture interne de l’organisation vous correspondra-t-elle ?

Certaines de nos connaissances ont accepté des postes prometteurs dans la politique avant de réaliser que ladite culture n’était pas du tout pour elles. Vous prenez aussi le risque de causer du préjudice en cas d’erreur. Faites donc très attention à prendre en compte les spécificités de l’option en question et votre adéquation personnelle avec elle.

Voir notre article sur l’acquisition de compétences relatives à la politique ou aux politiques pour des informations supplémentaires sur un début de carrière dans ce domaine.

4. Choisir n’importe quelle option qui vous permette d’acquérir une compétence concrète

Tout ce qui vous mène à une aptitude démontrable, utile et transférable peut être un bon choix.

Il peut s’agir :

  • D’aller apprendre la programmation au cours d’un stage intensif ;
  • D’intégrer une équipe de marketing au sein de laquelle vous pourrez étudier le marketing digital ;
  • D’aller en Chine et de prendre des cours de langue chinoise;
  • D’assister dans ses travaux quelqu’un qui fait de la communication d’idées ou de la recherche à haut niveau.

Vous trouverez dans cette liste davantage d’idées de compétences utiles ainsi que des indications pour les acquérir.

Ci-dessous, quelques options concrètes, sans ordre particulier.

5. Faire tout parcours pour lequel vous avez un très grand potentiel (même si c’est un peu farfelu)

Nous avons fait la rencontre de quelqu’un qui avait de bonnes chances de pouvoir faire carrière en tant que magicien et peut-être de décrocher une émission de télévision nationale en Inde, et qui hésitait entre cette opportunité et… faire du conseil. La première option nous semblait plus enthousiasmante : les compétences et les relations avec les médias auxquelles cette personne aurait accès seraient beaucoup plus originales et intéressantes pour un travail au niveau des enjeux les plus urgents du monde que leurs équivalents via une expérience très classique dans le conseil.

C’est une erreur courante de penser qu’accumuler du capital professionnel signifie forcément se diriger vers des parcours très institutionnels, comme un diplôme en droit ou prestigieux, comme faire du conseil.

On a facilement tendance à se focaliser sur les aspects les plus visibles du capital professionnel (avoir un poste prestigieux, dans une entreprise connue, par exemple), parce que c’est plus concret. Mais les aspects moins facilement mis en avant – vos compétences, vos accomplissements, votre réseau et votre réputation – sont tout aussi importants, sinon plus. Le meilleur capital professionnel vient de résultats impressionnants.

Vous pouvez acquérir ce capital « discret » dans à peu près n’importe quel emploi, si vous vous débrouillez bien. Un travail de qualité cimente votre réputation et vous permet ainsi de tisser des liens avec d’autres personnes très performantes. Faire de votre mieux vous amènera sans doute également à acquérir plus de connaissances.

Se lancer dans un projet moins conventionnel, comme la création d’une nouvelle organisation, est donc parfois votre meilleure option de capital professionnel. Si vous réussissez, ce sera impressionnant. Sinon, vous aurez beaucoup appris et rencontré des gens intéressants.

N’importe quelle idée qui ait une visibilité concrète et qui en impose peut également vous rendre service, comme un blog à succès ou un projet qui apparaisse dans les médias.

Si vous voulez faire une différence, vous pouvez même avoir intérêt à vous lancer dans une activité qui semble un peu farfelue, pour peu que vous y excelliez. (Pour en savoir plus sur ce thème, écouter notre podcast avec Holden Karnofsky.)

Dans un article précédent, nous avons vu qu’il est possible d’avoir beaucoup d’impact avec la communication d’idées, le développement de communautés et les dons d’argent. Un degré de réussite remarquable dans un domaine, qu’importe lequel ou presque, peut donc vous mettre dans une position intéressante pour un impact futur, puisqu’il vous donnera réseau, influence, argent et crédibilité, que vous pourrez utiliser pour travailler sur de grands problèmes.

Donc, si vous voulez vous constituer un capital professionnel, n’hésitez pas à envisager tout secteur qui vous corresponde particulièrement bien, même quand ce n’est pas une option typiquement très fructueuse.

Ce n’est pas avec de la muscu qu’on fait avancer sa carrière en général, mais ça a bien marché pour Arnie.

Arnold Schwarzenegger a transformé son succès dans le culturisme en succès dans le cinéma, et son succès dans le cinéma en succès dans la politique.

6. Contribuez

Quand j’ai (moi, Benjamin) fondé 80,000 Hours, nous n’avions pas encore conceptualisé la notion de capital professionnel, mais si ça avait été le cas, j’aurais sans doute conclu que travailler dans la finance m’aurait apporté plus que créer une organisation à but non lucratif. Or, je pense que ça aurait été une erreur. J’ai acquis davantage de capital professionnel en travaillant à 80,000 Hours, parce que j’ai appris davantage, accompli davantage, et rencontré des personnes incroyables.

La pratique est souvent le meilleur apprentissage. En général, on ne visualise pas dès le début de sa carrière une trajectoire qui permettra d’avoir un impact positif significatif, mais si c’est votre cas, vous lancer directement dans cette voie est peut-être aussi votre meilleure option en termes de capital professionnel.

Cette trajectoire peut prendre diverses formes. Peut-être qu’il s’agit de rejoindre un projet de start-up à visée sociale qui vous semble susceptible d’atteindre un beau succès d’ici 5 à 10 ans, ou de vous engager directement dans un des parcours qui auront le plus d’impact à vos yeux. Si vous réussissez, vous en récolterez les lauriers et votre capital professionnel n’en sera que meilleur. Et si aider les autres est quelque chose d’important pour vous, vous trouverez sans doute plus motivant de travailler sur un projet qui a du sens, et aurez donc plus de chances de succès.

En outre, si vous avez pour objectif à long terme d’aborder des problèmes mondiaux urgents, vous aurez besoin à un moment donné de vous renseigner dessus et de rencontrer d’autres personnes désireuses de les résoudre. C’est en général plus facile à faire si vous travaillez dans les domaines en question plutôt que (par exemple) dans un job de bureau qui n’a rien à voir.

Et, bien sûr, vous aurez peut-être un impact positif ! Même si c’est surtout le capital professionnel qui devrait être votre priorité quand vous commencez, l’impact que vous avez en début de carrière compte aussi.

Tous ces avantages peuvent compenser d’autres inconvénients de ce parcours (l’accompagnement et la formation auxquels vous aurez accès, qui seront souvent moindres, par exemple).

Décider s’il vaut mieux faire le grand saut et tenter d’avoir un impact dès le début ou non n’a rien de facile. Tout dépend des chances de succès du projet, de votre future équipe, de vos possibilités d’apprendre sur le tas, etc. Mais si vous voyez un moyen de contribuer dès le début et de façon significative à la résolution d’un problème, l’envisager en vaut certainement la peine – ne serait-ce qu’en termes de gain de compétences utiles, d’accomplissements et de réseau.

Nous avions vu dans notre article sur la satisfaction au travail que contribuer à une cause utile est une bonne stratégie à la fois pour aider les autres et pour trouver un épanouissement personnel. On peut désormais ajouter un troisième argument en faveur de ce choix : il s’agit parfois aussi de la meilleure tactique pour votre capital professionnel.

Capital transférable ou spécialisé ?

Un des dilemmes que vous risquez de rencontrer est celui qui oppose deux types de capital professionnel :

  • Le capital transférable est celui qui est polyvalent, comme les aptitudes sociales, les compétences de productivité et de management (nécessaires dans toute organisation ou presque), ou les réussites largement reconnues.
  • Le capital spécialisé vous prépare à un nombre de parcours restreint : des connaissances sur la malaria ou sur la sécurité de l’information, par exemple.

Lequel prioriser ?

Toutes choses égales par ailleurs, au début de votre carrière, c’est sur le capital professionnel transférable qu’il vaut mieux se focaliser. À ce stade, vous ne savez pas encore ce qui est important, donc il vaut mieux avoir de la flexibilité. Et globalement, plus vous doutez de ce que vous voulez faire comme travail à long terme, plus c’est le capital transférable qui sera intéressant pour vous.

Mais malheureusement, de manière générale, toutes choses ne sont pas égales par ailleurs. Le capital spécialisé a beau limiter vos options, il est souvent nécessaire pour accéder aux emplois à plus fort impact. Il sera donc probablement important de se concentrer dessus à un moment ou à un autre.

Faut-il attendre avant de chercher à avoir un impact ?

Si vous avez la possibilité de devenir ingénieur ou ingénieure dans la sécurité de l’IA aujourd’hui, est-ce plus intéressant de faire un doctorat pour essayer de vous ouvrir de potentiels postes dans la recherche qui selon vous pourraient avoir un impact encore plus important ? 

Si vous faites ce doctorat, non seulement vous renoncez à une possibilité d’impact précoce, mais vous retardez de plusieurs années l’impact que vous aurez effectivement. La recherche sur ce sujet s’accorde sur l’idée que, toutes choses égales par ailleurs, il vaut mieux investir le plus tôt possible ses ressources dans le travail sur les problèmes planétaires urgents. Par exemple, une fois que des systèmes d’IA transformatifs seront arrivés, votre impact arrivera peut-être trop tard !

De plus, vous n’êtes pas à l’abri d’abandonner votre désir d’avoir un impact entre-temps, et des sondages informels suggèrent que la probabilité annuelle est assez élevée.

Donc, pour que prendre tous ces risques en vaille la peine, il faudrait que le boost en capital professionnel permis par votre doctorat soit beaucoup plus élevé que celui que vous auriez en travaillant directement sur la sûreté de l’IA – à un poste d’ingénierie logicielle dans une équipe consacrée à la sûreté, par exemple.

Mais souvent, ça en vaut bel et bien la peine. Il n’est pas exclu que vous ayez deux fois plus d’impact dans la recherche que dans l’emploi ci-dessus. Et, comme vu précédemment, une multiplication par 10 de la productivité au cours d’une carrière est tout à fait possible pour certaines personnes avec un excellent capital professionnel.

Nous avons vu plusieurs personnes se lancer trop tôt dans des projets pour lesquels elles n’étaient pas équipées – comme une création d’association – au lieu de commencer par un emploi dans une entreprise bien établie qui leur aurait offert un bon mentorat.

Donc, si on peut établir comme une vérité générale qu’il vaut mieux prioriser fortement le capital professionnel au début dans la majorité des cas, au fur et à mesure que la carrière progresse, il devient plus difficile d’équilibrer capital professionnel et impact.

En fin de compte, ce qui va faire pencher la balance, ce sera souvent la qualité des opportunités qui se présentent à vous ainsi que le degré d’urgence que vous attribuez aux problèmes concernés, et votre âge (plus tôt vous acquérez votre capital professionnel, plus longtemps vous pouvez l’utiliser).

Si vous voulez explorer davantage ce sujet, nous vous recommandons :

Comment gagner du capital professionnel dans n’importe quel travail ?

Car quitter votre emploi n’est pas une nécessité : tout comme vous pouvez avoir un impact à tout poste grâce à vos dons ou à vos efforts de sensibilisation, vous pouvez acquérir du capital professionnel n’importe où si vous faites un bon usage de votre temps.

Nous vous l’expliquons dans un article ultérieur.

Conclusion

Vous ne savez pas exactement quelle est la meilleure façon de contribuer aujourd’hui, et vous vous dites peut-être que vous n’avez pas beaucoup de compétences utiles, mais ce n’est pas grave.

Si vous voulez faire une vraie différence, il vous faut quelque chose d’intéressant à mettre sur la table. Montez en niveau avant de vous frotter au boss final.

On adore les histoires d’individus exceptionnels qui ont réussi à atteindre une célébrité et un succès précoces, comme celles que raconte le Forbes 30 Under 30, mais ce n’est pas la norme. Certains ont eu de la chance et c’est tout, et derrière la plupart des succès sensationnels, il y a de longues années d’acquisition d’expertise par des efforts assidus.

Nous avons vu de belles transformations de carrière permises par un apprentissage de la programmation, un mentorat de la part des bonnes personnes, un choix judicieux de master ou de doctorat.

Si vous vous construisez un capital professionnel de qualité, votre travail aura plus d’impact, et il sera aussi plus satisfaisant.

Appliquer ces idées à votre propre carrière

  1. Quels ensembles de compétences importants pour votre impact futur seraient les plus pertinents à acquérir pour vous ?
  2. Prenez les parcours qui vous intéressent le plus à long terme. Quelles sont les étapes qui vous boosteraient dans cette direction ?
  3. Parmi les 6 possibilités de gain de capital professionnel listées dans cet article, notez-en 3 qui pourraient fonctionner pour vous. Quelques idées pour vous aider :
    • Avez-vous des opportunités de travailler dans une organisation en pleine croissance et très performante ?
    • Avez-vous des options de poursuite d’études pertinentes ?
    • Y a-t-il des postes qui vous intéressent dans la gouvernance ?
    • Avez-vous la possibilité d’apprendre une compétence utile et transférable ?
    • Avez-vous des opportunités de projets qui vous vaudraient de la reconnaissance en cas de succès ?
    • Pouvez-vous contribuer dès à présent ?
  4. Qu’est-ce que vous avez de plus intéressant en termes de capital professionnel déjà acquis à l’heure actuelle ? Identifier ces éléments peut vous donner des indices sur vos points forts et vous aider à convaincre un organisme de vous embaucher. Intéressez-vous à chacune de ces catégories :
    • Compétences et connaissances ;
    • Réseau ;
    • Diplômes et références ;
    • Personnalité ;
    • Matelas de sécurité.

Si vous séchez, listez 2 à 5 éléments de votre parcours qui font votre fierté, et demandez-vous quel pourrait être le point commun entre eux.

Nous savons maintenant ce qu’il faut viser à long terme et comment prendre la direction souhaitée. Dans l’article à venir, nous allons voir comment filtrer toutes ces options.

Prenez une pause

Notes et références
  1. Une étude de grande envergure aux États-Unis a constaté que :
    Le profil moyen d’un cycle de vie est obtenu à partir de données de panel ou de données transversales répétées en régressant le logarithme des revenus individuels sur un ensemble complet de variables indicatrices d’âge et de cohorte (de naissance). Les variables indicatrices d’âge estimées sont représentées par des cercles dans la figure 3 et représentent le profil moyen du logarithme des revenus sur l’ensemble du cycle de vie. Ce profil a la forme de cloche typique culminant vers les 50 ans.
    L’un des aspects les plus importants d’un profil de cycle de vie est la croissance du revenu moyen au cours du cycle de vie (par exemple, de 25 à 55 ans) qu’il laisse entendre. Bien sûr, l’ampleur de cette augmentation est très importante pour de nombreuses questions économiques, car elle détermine fortement les motifs d’endettement et d’épargne. Dans nos données, cette augmentation est d’environ 80 points logarithmiques, soit environ 127 %.

    Fatih Guvenen, Fatih Karahan, Serdar Ozkan, et Jae Song. What Do Data on Millions of U.S. Workers Reveal about Life-Cycle Earnings Risk?, rapport de personnel no 710, février 2015.
    Nous nous attendons à ce que les nombres soient les mêmes dans d’autres pays. L’âge d’efficacité maximale pourrait être de 10 ans plus jeune, mais la conclusion initiale reste la même.
  2. À un extrême, certains domaines se distinguent par des âges plafonds relativement bas, en début de trentaine voire en fin de vingtaine chronologiquement, suivis par une chute du taux d’efficacité, qui devient inférieur à un quart du maximum. Ce modèle semble s’appliquer pour les activités telles que la poésie lyrique, les mathématiques fondamentales et la physique théorique, par exemple (Adams, 1946 ; Dennis, 1966 ; Lehman, 1953a ; Moulin, 1955 ; Roe, 1972b ; Simonton, 1975a ; Van Heeringen & Dijkwel, 1987). À l’extrême inverse, pour d’autres activités, les modèles typiques consistent en une progression lente jusqu’à un âge plafond tardif en comparaison, en fin de quarantaine ou même dans la cinquantaine chronologiquement, suivie d’un déclin minime, voire largement absent. Cette courbe plus allongée concerne des secteurs comme le roman, l’histoire, la philosophie, la médecine et les domaines de l’érudition en général, par exemple (Adams, 1946 ; Richard A. Davis, 1987 ; Dennis, 1966 ; Lehman, 1953a ; Simonton, 1975a). Bien sûr, nombreuses sont les disciplines qui présentent des courbes d’âge quelque part entre ces deux modèles, avec un âge plafond d’environ 40 ans chronologiquement et un déclin notable mais modéré ensuite (voir, par exemple, Fulton & Trow, 1974 ; Hermann, 1988 ; McDowell, 1982 ; Zhao & Jiang, 1986).
    Simonton, Dean K. « Age and outstanding achievement: What do we know after a century of research? » Psychological bulletin 104.2 (1988) : 251.
    Source pour la moyenne d’âge des PDG et des présidents : Snow, Shane. « These are the ages when we do our best work », Fast Company, 2016.
    Le nombre pour la chimie vient de l’âge moyen auquel sont exécutés les travaux de recherche récompensés par des prix Nobel dans ce domaine, soit 39 ans. Source : Jones, Benjamin, E. J. Reedy, et Bruce A. Weinberg. Age and scientific genius. No w19866. National Bureau of Economic Research, 2014.
  3. Par exemple, l’âge moyen d’exécution des travaux de recherche récompensés par des prix Nobel est de 6 ans de plus à la fin du xxe siècle qu’au début de celui-ci.
    Jones, Benjamin, E. J. Reedy, et Bruce A. Weinberg. Age and scientific genius. No w19866. National Bureau of Economic Research, 2014.
  4. Ericsson montre qu’une performance remarquable à l’échelle mondiale nécessite généralement 10 à 30 ans de pratique concentrée. Que ce paramètre soit suffisant pour garantir l’expertise ou non est source de débats, mais sa nécessité pour l’expertise fait consensus.
    Les recherches d’Ericsson sont synthétisées ici :
    Ericsson, K. Anders, et al., éds. The Cambridge handbook of expertise and expert performance. Cambridge University Press, 2006.
    Ainsi que dans l’excellent et très apprécié résumé Peak, par le même auteur.
    Un article populaire de Scott Barry Kaufman pointe du doigt certaines limites de la pratique délibérée : « The Complexity of Greatness » (lien de l’archive), Scientific American, 2013.
    Une méta-analyse a également constaté que la pratique délibérée n’explique qu’une petite partie des performances au travail et pendant les études, et qu’elle explique aussi davantage les performances dans les domaines prédictibles que dans les domaines imprédictibles : Macnamara, Brooke N., David Z. Hambrick, et Frederick L. Oswald. « Deliberate Practice and Performance in Music, Games, Sports, Education, and Professions: A Meta-Analysis » (lien de l’archive), Psychological Science 25.8 (2014) : 1608-1618.
  5. Les détails du récit ont été modifiés à la demande des personnes impliquées pour la protection de leur anonymat.

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