Comment rédiger votre plan de carrière

On aime à penser qu’on peut trouver « la bonne carrière » comme on trouve son âme sœur pour la vie. Ça n’a rien à voir.

Souvent, les personnes qui viennent nous voir essaient de déterminer ce qu’elles doivent faire sur les 10 à 20 prochaines années. D’autres cherchent à trouver « la bonne carrière » pour elles.

Le problème avec tout cela, c’est que, comme mentionné précédemment, vous pouvez avoir la quasi-certitude que vos plans d’avenir vont évoluer :

D’une certaine manière, il n’existe pas de « bonne carrière pour vous » stable. La meilleure option changera en permanence, à mesure que le monde évoluera et que vous en apprendrez plus. Parmi les personnes que nous avons conseillées, beaucoup n’auraient jamais pu prédire quel travail elles finiraient par exercer.

Planifier à long terme peut même s’avérer contre-productif. Vous risquez de faire une fixation sur des points spécifiques et de ne pas arriver à adapter votre projet à un changement de situation.

Mais cela étant dit, renoncer à planifier et à vous donner des objectifs n’est sans doute pas plus judicieux. Comme l’a dit Eisenhower : « Les plans ne sont rien ; c’est la planification qui compte. »

Avoir au moins une vague idée de là où vous voudriez atterrir peut vous aider à repérer à l’avance de bien meilleures opportunités. En fait, nous sommes d’avis que si vous souhaitez avoir un impact positif important, c’est encore plus crucial de planifier. Beaucoup des postes à fort impact exigent un capital professionnel spécialisé (par exemple, un réseau dans le domaine de la biosécurité ou une expertise dans des compétences techniques spécifiques) que vous êtes peu susceptible d’acquérir par accident. De la même façon, dans de nombreux secteurs, gravir les échelons nécessite souvent des décennies de pratique ciblée.

C’est le casse-tête de la planification de carrière : la plupart des « plans » vont radicalement changer longtemps avant que leurs objectifs n’aient été réalisés, mais ils nous sont tout de même bénéfiques.

Alors, comment mettre en place un bon plan de carrière ? Voici nos principaux conseils.

Temps de lecture : 20 minutes ; vous pouvez aussi faire votre propre plan de carrière d’après notre template

En deux mots

Votre carrière est censée passer par trois phases :

  1. L’exploration, qui vous permettra de découvrir vos meilleures options à long terme ;
  2. L’accumulation de capital professionnel en rapport avec ces options ;
  3. Le déploiement de ce capital professionnel engrangé pour s’attaquer à des problèmes urgents et négocier un poste qui soit personnellement satisfaisant.

Votre plan changera, et en général, on ne peut pas prédire quel travail on fera dans 10 ou 20 ans. Mais en avoir une vision globale à long terme (2 à 5 causes sur lesquelles travailler et 1 à 5 postes vers lesquels vous diriger à long terme) vous est utile malgré tout.

Ce qui est encore plus important, c’est de consacrer du temps à identifier votre meilleure prochaine étape concrète, que ce soit un poste en particulier, un parcours d’études ou un projet sur 1 à 3 ans qui améliorera votre impact ou votre capital professionnel.

Générez une longue liste d’idées d’étapes potentielles en :

  • Prenant comme point de départ l’avenir : cherchez des options qui vous propulsent vers votre objectif à long terme ;
  • Prenant comme point de départ le présent : cherchez les opportunités qui se présentent actuellement, même si vous ne savez pas vraiment où elles vont vous mener.

Ensuite, mettez en place un plan A/B/Z :

  • Le plan A est votre option privilégiée, ou une série de parcours que vous voulez explorer.
  • Les plans B sont les solutions de repli proches sur lesquelles vous pouvez vous rabattre si votre plan A ne se passe pas comme prévu.
  • Le plan Z est votre filet de sécurité si tout le reste échoue. Prévoir ce cas de figure vous permet de prendre des risques plus sereinement.

Identifiez vos principales incertitudes vis-à-vis de votre plan, puis tâchez de les éclairer. Si vous avez besoin d’aide pour filtrer vos options, que ce soit pour votre vision à long terme ou pour les étapes de votre plan, vous pouvez vous appuyer sur notre outil de décision.

Enfin, prévoyez un délai au bout duquel réévaluer votre carrière, typiquement 6 à 24 mois. Vous pouvez vous aider de cet autre outil.

Ne cherchez pas à garder toutes les options ouvertes

Face au casse-tête que représente la planification de carrière, il est très courant de tenter de ne se fermer aucune option.

L’idée n’est pas dépourvue de bon sens : avec du capital professionnel transférable, vous aurez davantage d’options à l’avenir. Et si vous hésitez vraiment beaucoup, accumuler ce capital transférable pour revenir sur vos interrogations plus tard est une stratégie raisonnable.

Mais nous avons observé en conseillant des milliers de personnes sur leur carrière que cette façon de procéder présente de nombreux écueils. Décider de « maintenir ouvertes un maximum de portes », sans davantage de précautions, peut :

  • Vous amener à persister beaucoup trop longtemps dans un travail socialement perçu comme prestigieux (dans le conseil, par exemple) où vous savez ne pas vouloir rester indéfiniment et qui n’est pas très pertinent pour vos objectifs à long terme ;
  • Vous empêcher de vous investir pleinement, et ainsi vous cantonner à un poste sans risque qui vous offre une certaine flexibilité, plutôt que de vous lancer dans une opportunité de récolter un capital professionnel vraiment impressionnant qui vous ouvrirait en fin de compte des portes plus intéressantes ;
  • Devenir une excuse pour ne pas assez réfléchir sérieusement aux meilleures options.

Alors, quelle stratégie adopter ?

Les trois phases clés d’une carrière

Passez par les trois phases suivantes :

  1. L’exploration : trouvez des moyens peu coûteux pour découvrir et tester différents postes et savoir-faire prometteurs à long terme jusqu’à ce que vous vous sentiez à l’aise pour essayer une voie pendant quelques années. (Il doit généralement s’agir de votre priorité no 1 quand vous avez 18 à 24 ans.)
  2. L’accumulation de capital professionnel : misez sur un parcours long à haut potentiel en engrangeant le capital professionnel – en particulier des compétences – qui vous fera progresser le plus vite dans la voie choisie, mais sans omettre de prévoir un plan B. (25 à 35 ans.)
  3. Le déploiement : servez-vous du capital professionnel acquis pour vous attaquer à des problèmes urgents et négocier un poste que vous trouvez personnellement satisfaisant. (36 ans et plus.)

Puis mettez régulièrement à jour votre plan de carrière tous les 1 à 3 ans à mesure que vous en apprenez davantage et que le monde évolue.

Le capital professionnel, l’exploration et bien sûr l’impact de votre travail resteront toujours pertinents dans chacune de vos décisions de carrière, quelle que soit la phase où vous vous trouvez actuellement. Cependant, vos priorités évolueront avec le temps.

Le temps accordé à chaque phase peut varier en fonction de votre situation :

  • Si vous doutez tout particulièrement de ce que vous voulez faire à long terme et que vous avez également l’impression de beaucoup apprendre sur les domaines à privilégier, vous pouvez vous concentrer sur l’exploration plus longtemps que la moyenne (ou, tout simplement, accumuler du capital professionnel transférable et définir plus tard votre vision à long terme). (Quelqu’un qui a fait une réorientation professionnelle radicale en milieu de carrière pourra également revenir en mode exploration.)
  • Si vous avez franchi le seuil des rendements décroissants pour votre capital professionnel, vous passerez peut-être à la phase déploiement plus tôt que prévu, et vice versa.
  • Si vous pensez qu’il est particulièrement urgent de vous attaquer aux problèmes que vous avez choisis – comme c’est le cas, de l’avis de beaucoup de personnes, pour la sécurité de l’IA – et que les opportunités actuelles sont meilleures que celles que vous pourrez trouver à l’avenir, c’est une bonne raison de passer directement à la phase déploiement même si votre préparation est moindre.

Nous avons ensuite quelques conseils de planification de carrière supplémentaires (même si, toujours, il faut prendre en compte la part d’incertitude inhérente à celle-ci).

Ayez une vision à long terme

On ne sait jamais de quoi demain sera fait, mais nous pensons tout de même que, pour la plupart des gens, il vaut mieux avoir au moins une vague idée de l’endroit où vous aimeriez vous retrouver à plus long terme. Cet objectif imprécis, c’est votre « vision ».

Vous avez intérêt à ce que votre vision soit assez vaste pour ne pas changer en permanence, mais assez précise pour vous guider.

À inclure dans votre vision :

  1. Une liste de 2 à 5 problèmes mondiaux sur lesquels vous souhaiteriez principalement travailler à long terme, comme traité dans la partie 5.
  2. Une liste de 1 à 5 métiers ou types de travail vers lesquels vous auriez envie de vous diriger, comme nous avons commencé à le voir dans la partie 6.

Le poste où vous aboutirez à long terme dépendra généralement du panel de compétences à fort impact (comme celles que nous recensons ici) que vous présentez, dans le domaine du développement d’organisations ou de la communication d’idées, par exemple. Vous aurez parfois besoin de faire preuve de plus de précision, par exemple prévoir une carrière dans l’écriture et pas seulement dans la communication d’idées, ou bien de viser un parcours bien spécifique, comme économiste universitaire ou juriste.

« Long terme » peut vouloir dire n’importe quelle échéance entre 5 et 25 ans – choisissez celle qui vous convient le mieux. Si vous avez fait les exercices dans les précédents articles, vous avez a priori déjà votre liste d’options privilégiées.

Voici un exemple : Megan était étudiante à Beijing quand quelqu’un lui a suggéré de jeter un œil à 80,000 Hours. Après avoir lu le guide, elle a décidé qu’elle voulait travailler à la réduction des risques existentiels, et en particulier ceux liés à l’IA et à une potentielle guerre nucléaire.

Elle avait déjà consacré un certain temps à des recherches dans le cadre de l’université, mais elle estimait que, dans son domaine – les relations internationales –, les travaux académiques étaient peu susceptibles de lui permettre d’accéder à un parcours à fort impact. Son option la plus prometteuse était donc de viser une carrière dans le gouvernement et les politiques publiques. Elle avait pour vision de devenir, si tout se passait bien, experte en relations multilatérales, pour ensuite conseiller des acteurs et actrices clés au sujet d’accords multilatéraux concernant l’IA.

Mais votre vision sera peut-être beaucoup plus floue, et c’est tout à fait normal. Tout ce dont vous avez besoin, c’est une idée vague qui vous aidera à repérer des opportunités et qui vous guidera dans votre exploration.

Comme nous l’avons vu, trouver la bonne carrière est un processus en plusieurs étapes. Vous mettrez donc à jour votre vision tous les deux ou trois ans, en ajoutant ou retirant des options de votre liste et en précisant certains éléments (par exemple, vous commencerez peut-être par envisager les possibilités dans le développement d’organisations avant de vous focaliser sur une carrière de spécialiste en relations publiques).

Attention à l’erreur typique qui consiste à se perdre dans des réflexions abstraites pour déterminer la meilleure option possible. Une fois que vous avez une idée vague de ce vers quoi vous pouvez tendre à long terme, concentrez-vous sur la génération d’idées pour des prochaines étapes concrètes.

Consacrez vos efforts à la planification des prochaines étapes de votre parcours

En fin de compte, ce que vous devez choisir, c’est ce que vous allez faire ensuite. C’est utile de réfléchir à votre vision, mais seulement parce qu’elle va vous aider à guider cette décision.

Cette étape à venir peut être un nouvel emploi, mais aussi un cours ou votre prochain projet. C’est typiquement quelque chose qui vous occupera pendant 2 ou 3 ans, bien que cette durée puisse descendre à quelques mois ou monter à plus de 5 ans. Par exemple : accepter un poste à Oxfam, passer un été à étudier le chinois ou commencer un blog sans changer de travail.

Essayer de déterminer s’il vaut mieux viser une carrière dans (par exemple) la recherche (comme le Dr Nalin) ou la communication d’idées (comme Rosa Parks) est difficile, parce que ces perspectives à long terme restent abstraites.

Il est souvent beaucoup plus simple de plutôt se demander quel travail ou quelle poursuite d’études choisir très concrètement. Parfois, suivre cette méthode peut rendre la décision très évidente : si vous n’obtenez aucun bon master, vous pouvez rayer cette option, par exemple.

Il est même possible de se passer de la vision et de se concentrer uniquement sur ses prochaines étapes. Idéalement, à chacune d’entre elles, vous gagnerez du capital professionnel, en apprendrez davantage sur ce qui vous correspond le mieux et augmenterez votre impact, ce qui vous permettra, au fur et à mesure, d’être dans une meilleure position pour agir et avoir davantage d’impact.

C’est, nous l’espérons, un soulagement : même sans avoir la moindre idée de ce que vous voulez faire à long terme, vous pouvez quand même vous construire une brillante carrière par itération. Et si vous avez effectivement de bonnes idées pour votre vision, c’est un plus.

Donc, même si nous recommandons à la majorité des gens de consacrer un certain temps de réflexion à leur vision à long terme, nous leur recommandons également de passer encore plus de temps à identifier leurs prochaines étapes concrètes et à comparer leurs différentes options.

De l’avenir au présent : si vous savez quelle est votre vision à long terme, trouvez ce qui vous permettra de l’atteindre

Vous avez deux approches globales possibles pour votre planification immédiate.

La première, c’est travailler à partir de l’avenir, d’après votre vision : demandez-vous où vous voulez arriver, puis identifiez les chemins les plus directs en direction de ce but.

La meilleure façon de faire consiste à demander à des personnes qui travaillent dans le domaine comment quelqu’un qui a votre profil peut progresser le plus vite. Par exemple, demander « Si je voulais être à tel poste dans cinq ans, qu’est-ce que je devrais faire ? », ou « Si je voulais atteindre un niveau d’excellence dans telle compétence, comment je devrais m’y prendre ? ».

Demandez-vous quel type de capital professionnel sera le plus important. Par exemple, Bill Clinton savait que pour réussir en politique, il aurait besoin d’avoir beaucoup de relations, et il tenait donc un bloc-notes, dès le début de ses études, avec une liste de toutes les personnes qu’il rencontrait.

Cherchez des exemples d’individus ayant connu une ascension fulgurante et identifiez la clé de leur réussite.

Vous trouverez des éléments d’analyse dans nos profils de carrières, mais vous aurez surtout besoin de conseils personnalisés pour trouver les prochaines étapes les plus judicieuses pour vous.

Si vous hésitez au sujet d’une option à long terme, posez-vous la question suivante : « Qu’est-ce qui me ferait éliminer cette option ? » Voyez-vous un procédé qui vous permettrait de décider, avec certitude, si le parcours en question est pertinent ou non ?

Du présent à l’avenir : considérez les opportunités que vous avez devant vous

Cela étant dit, il est important de ne pas s’enfermer dans une voie en particulier.

La plupart des carrières nécessitent également un travail à partir du présent : être à l’affût des opportunités qui se présentent, suivre son flair et persister dans ce qui fonctionne bien, même quand on ne sait pas avec certitude où tout cela va aboutir.

C’est en partie dû à l’imprévisibilité inhérente au succès professionnel.

C’est aussi en partie dû aux immenses différences de potentiel entre les diverses options qui s’offrent à vous, qui font que la variation entre deux postes spécifiques peut dépasser la variation entre deux voies professionnelles au sens large.

Mettons que, selon vous, la réglementation des risques biologiques soit en moyenne plus urgente que la réglementation des risques nucléaires. Pour autant, si vous trouviez un travail dans le second domaine avec des responsabilités particulièrement importantes, ou qui soit exceptionnellement bien adapté à vous, ou qui vous permette de bénéficier d’une excellente supervision, travailler sur les risques nucléaires pourrait tout à fait devenir une meilleure option.

Pour en revenir à Megan, au moment de réfléchir à ce qu’elle ferait après son master, elle a cherché « à partir de l’avenir » ce qui lui permettrait de progresser le plus rapidement possible dans un parcours type gouvernement et politiques. Elle a listé des options génériques, telles que trouver un travail dans un think tank.

Mais elle a également pris conscience que sa position actuelle – elle vivait et étudiait en Chine – pouvait lui ouvrir des opportunités supplémentaires en dehors du parcours standard. Elle a vu une annonce pour un poste d’analyste des réseaux sociaux chinois au département d’État des États-Unis à Beijing, et elle a été embauchée. Elle a par la suite réussi à décrocher un emploi au département de la Sécurité intérieure des États-Unis, un pas de plus vers son objectif de travailler à la réduction des risques posés par les systèmes d’IA.

Quand vous vous projetez vers le futur, il peut s’avérer très utile de dresser une longue liste d’emplois intéressants et d’opportunités de formation, même s’ils ne s’intègrent pas de manière évidente à vos plans à long terme actuels. Voici quelques méthodes possibles :

  • Plus tôt dans le guide, nous avons listé différentes options pour gagner en capital professionnel. Vous y trouverez peut-être des idées.
  • Demandez à votre cercle amical, à vos collègues et à des personnes qui travaillent sur des problèmes urgents ou que vous admirez. C’est souvent par ce réseau qu’on trouve les opportunités plus intéressantes.
  • Jetez un œil à notre tableau d’offres d’emploi. L’un de ces postes attire-t-il votre attention ?
  • Y a-t-il des opportunités, des sujets d’étude, des projets parallèles ou des personnes qui vous motivent tout particulièrement actuellement ?
  • Dans ce que vous faites en ce moment, y a-t-il quelque chose qui se passe mieux que prévu ? Avez-vous la possibilité de vous focaliser davantage là-dessus ?

De plus, beaucoup d’opportunités n’apparaissent qu’une fois que vous avez commencé à chercher. Une des stratégies les plus efficaces consiste donc à viser beaucoup de postes spécifiques et à poser beaucoup de candidatures. 

Nous voyons beaucoup de personnes s’arracher les cheveux à essayer de choisir entre différents parcours à long terme alors que postuler aurait pu suffire à faire de l’étape suivante une évidence.

Nous nous penchons sur le processus de candidature dans l’article suivant.

Préparez-vous des options de secours : le plan A/B/Z

Tim Cook, le PDG d’Apple, s’était préparé un plan de carrière sur 25 ans à sa sortie d’école de commerce. Jugez du résultat.

Quand on fonde une start-up, on a une vision globale pour son entreprise, mais on a de gigantesques incertitudes quant aux détails de son produit et de sa stratégie. Pour surmonter ce flou, il faut tester de nombreuses approches et améliorer le projet au fur et à mesure.

Les incertitudes que vous allez rencontrer au cours de votre carrière étant d’ampleur similaire, il est peut-être possible d’emprunter certaines bonnes pratiques de l’entrepreneuriat pour les appliquer à la stratégie de carrière. Tel est le postulat de départ de Managez votre carrière comme une start-up, de Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn. Il recommande notamment de préparer un plan « A/B/Z », et nous avons également trouvé ce conseil très utile lors de nos sessions personnalisées avec des membres de notre lectorat.

Rédiger un plan A/B/Z vous aide à envisager des seconds choix et des options de secours spécifiques afin d’être dans une position qui vous permette de mieux vous adapter en cas de changement de situation.

1. Le plan A : votre scénario idéal

Votre plan A est votre hypothèse no 1 de meilleur choix de parcours.

Il peut s’agir d’une vision en particulier sur laquelle vous allez miser et de la prochaine étape qu’elle implique.

Par exemple : Essayer de devenir économiste universitaire pour travailler sur la recherche des causes prioritaires ou sur la réglementation de l’IA (vision) en prenant des cours de mathématiques supplémentaires en début d’études (étape).

Si vous manquez trop de certitudes quant à votre vision, vous pouvez aussi envisager de tester différents parcours à long terme en préparant bien à l’avance les étapes de votre plan, comme vu dans notre article sur l’adéquation personnelle.

Ce scénario idéal peut aussi consister, tout simplement, à acquérir un capital professionnel transférable intéressant (apprendre le management ou obtenir un diplôme en statistiques, par exemple) et à réévaluer votre plan ensuite.

2. Le plan B : les seconds choix proches

Cette catégorie correspond aux options prometteuses sur lesquelles vous pouvez vous rabattre en cas d’échec de votre plan A. Les anticiper vous permet de rester à l’affût de nouvelles opportunités.

Pour déterminer votre plan B, réfléchissez aux questions suivantes :

  • Quels sont les principaux risques d’échec de votre plan A ? Que ferez-vous si la situation se présente ?
  • Quelles sont les autres bonnes options ? Listez tous les seconds choix prometteurs proches de votre plan A, que ce soient d’autres parcours intéressants ou des voies d’accès différentes aux mêmes parcours.

Ensuite, définissez deux ou trois seconds choix. Par exemple :

  • Mettons que vous ayez actuellement un emploi et que vous présentiez votre dossier à différents masters : il est possible que vos candidatures n’aboutissent pas. Le cas échéant, votre plan B pourra être de rester dans votre travail une année de plus et de réévaluer la situation à ce moment-là, ou bien de tenter un autre master dans une autre discipline.
  • Si votre plan A est de travailler dans la réglementation via un poste au sein de l’exécutif, votre plan B pourra consister à tenter de faire des stages en think tank ou de travailler pour une campagne politique.

3. Le plan Z : votre solution de secours temporaire si tout tombe à l’eau 

Votre plan Z, c’est celui que vous suivrez si tous les autres s’effondrent.

En d’autres termes, si les plans A et B ne fonctionnent pas, comment allez-vous payer vos factures en attendant d’avoir rebondi ?

Avoir un plan Z peut non seulement vous aider à éviter des situations personnelles inacceptables, mais aussi vous permettre d’être davantage à l’aise avec la prise de risques : c’est plus facile de faire preuve d’ambition quand on sait qu’on ne se met pas en danger.

Votre plan Z peut être très bref si le risque que vous êtes en train de prendre ne vous inquiète pas plus que ça ou si vous êtes dans une position sûre. En cas d’enjeux plus élevés (par exemple, si d’autres personnes dépendent de vous), il vous faudra sans doute planifier avec davantage de minutie.

Quelques exemples typiques : dormir sur le canapé d’une amie ou d’un ami en faisant du tutorat ou en travaillant à un café pour payer vos factures, tenir sur vos économies, reprendre votre ancien emploi, retourner vivre dans votre famille ou accepter un poste qui vous semble relativement peu exigeant.

Il peut même s’agir d’un projet plus aventureux, comme aller enseigner l’anglais en Asie – un travail étonnamment demandé et peu compétitif qui vous permettra de mieux connaître une nouvelle culture.

Demandez-vous ensuite : « Ce plan Z est-il acceptable ? » Dans le cas contraire, vous allez peut-être devoir revoir votre plan A, ou prioriser la mise en place de votre filet de sécurité pour un temps.

Optionnel : stratégies supplémentaires de réduction des risques

Quelquefois, avoir un impact important nécessite une prise de risques. Les anticiper peut vous faciliter la tâche.

Premièrement, clarifiez ce à quoi ressemblerait le pire scénario (réaliste) possible si vous vous lanciez dans votre plan A. On peut facilement tomber dans des craintes vagues vis-à-vis de l’idée de l’échec, et la recherche montre que quand on envisage des événements négatifs, on pense à leurs pires aspects en oubliant tout ce qui ne sera pas affecté. D’où cette déclaration du prix Nobel Daniel Kahneman :

Rien dans la vie n’est aussi important qu’on le pense pendant qu’on y pense.

Souvent, quand on réfléchit bien au pire scénario réaliste, on se rend compte qu’il n’est finalement pas si terrible et qu’on pourrait se remettre de cette situation à long terme.

Les risques auxquels vous devez prêter la plus grande attention sont ceux qui peuvent amener à une diminution permanente de votre bonheur ou de votre capital professionnel, comme un burn-out, une dépression ou une atteinte à votre réputation. Vous avez peut-être également des personnes qui dépendent de vous.

Deuxièmement, avez-vous des possibilités de vous prémunir avec certitude des risques les plus graves ?

On a souvent tendance à voir les figures comme Bill Gates, qui a abandonné ses études pour son projet d’entrepreneuriat, comme des personnes qui ont dû prendre de gros risques pour réussir. Mais Bill Gates avait déjà travaillé dans la vente de tech à temps partiel pendant environ un an en parallèle de son cursus à Harvard, et a ensuite négocié une année de césure dans ses études pour commencer Microsoft. En cas d’échec, il aurait pu retourner étudier l’informatique à Harvard ; en réalité, il n’a presque pas pris de risque du tout. En général, avec un peu de réflexion, on peut trouver comment éviter les écueils majeurs de son plan.

Troisièmement, préparez ce que vous allez faire si le scénario le plus pessimiste se produit bel et bien. Demandez-vous comment vous allez faire en sorte de vous remettre et limiter les dégâts (en plus de prévoir un plan Z pour retomber sur vos pieds, comme vu ci-dessus).

Si ça vous aide, rappelez-vous que, selon toute probabilité, vous continuerez d’avoir de quoi manger, un cercle amical, un lit confortable et une chambre à la température parfaite – de meilleures conditions de vie que ce qu’ont pu avoir la plupart des gens dans l’histoire de l’humanité.

Quatrièmement, si, à ce stade, les risques sont toujours inacceptables, alors vous allez peut-être devoir changer votre plan A, par exemple en prévoyant un délai supplémentaire pour préparer votre matelas de sécurité financière.

Réaliser ces exercices peut vous permettre de dédramatiser les risques et vous aider à gérer la situation si le pire se produit bel et bien.

Réévaluation de votre plan de carrière : obligez-vous à anticiper

En théorie, votre plan évolue à mesure que vous apprenez davantage d’informations, mais on peut très facilement se retrouver bloquée ou bloqué dans son parcours actuel. Ne pas changer de cap malgré la présence d’une meilleure option est l’une des plus communes erreurs de prise de décision identifiées par les psychologues. Elle peut être causée par le biais des coûts irrécupérables ou par celui du statu quo.

Prévoir en amont le moment auquel vous allez reconsidérer votre parcours vous aidera à éviter cette erreur. Deux options s’offrent à vous :

  • Définir une date à laquelle vous allez faire le point sur l’état de votre plan, un délai de 6 à 24 mois étant assez classique (la fenêtre temporelle sera plus étroite si vous êtes en phase de doute et que vous apprenez beaucoup d’informations nouvelles, et plus large si vous êtes plus stable.) Le passage à la nouvelle année est en général une bonne période pour ça. Nous avons mis au point un outil de bilan de carrière annuel pour vous faciliter la tâche.
  • Faire le point au moment de votre prochain gain significatif d’informations sur votre carrière. Par exemple, publier beaucoup d’articles dans de bonnes revues scientifiques étant fondamental pour avancer dans une carrière universitaire, vous pouvez décider de vous redemander si vous voulez travailler dans ce milieu si vous n’avez pas publié un certain nombre d’articles d’ici la fin de votre doctorat.

Au moment de votre bilan, votre question la plus importante, c’est : qu’ai-je appris depuis la dernière fois que j’ai revu mon plan, et que me disent ces nouvelles informations sur mes options les plus prometteuses à long et à court terme ?

Ensuite, trouvez quelqu’un avec qui discuter de vos conclusions. Les autres sont mieux à même de détecter un biais des coûts irrécupérables, et des travaux montrent que devoir se justifier de son raisonnement permet de minimiser ses biais.

Si vous avez davantage de temps devant vous, repartez de zéro : si vous deviez mettre au point votre plan de carrière aujourd’hui, quelle vision et quelles étapes intermédiaires seraient les meilleures selon vous ? Cet exercice peut vous aider à prendre du recul par rapport à votre situation actuelle et à voir les choses sous un angle nouveau.

Appliquer ces idées à votre propre carrière

Faisons la synthèse de tous ces conseils. Voici les 7 étapes de la mise au point de votre plan de carrière :

  1. À quelle phase de votre carrière en êtes-vous ? Exploration, acquisition de capital professionnel ou déploiement de votre capital professionnel accumulé ?
  2. Quelle est votre vision ? Si vous ne l’avez pas déjà fait, sélectionnez les quelques postes à viser à long terme et les quelques problèmes mondiaux à résoudre qui vous semblent les plus prometteurs : il s’agit de votre vision.
  3. Demandez-vous quelle est la décision que vous devez prendre dans l’avenir le plus immédiat, puis générez une longue liste d’idées de prochaines étapes concrètes. Vous devriez déjà avoir quelques idées après avoir parcouru notre article sur le capital professionnel. À choisir, mieux vaut y mettre trop de possibilités que pas assez, y compris les plus improbables. Réfléchissez :
    • à partir de l’avenir : quelles actions vous permettraient de progresser le plus vite vers votre vision ?
    • à partir du présent : quelles sont, à votre connaissance, les autres opportunités intéressantes qui s’offrent à vous ?
  4. Ensuite, faites une première hypothèse : choisissez les 5 à 10 étapes potentielles qui vous semblent les plus prometteuses. Si vous avez du mal à faire le tri, vous pouvez aussi vous aider de notre méthode de décision. Vous pouvez vous référer aux listes de questions, plus tôt dans le guide, qui permettent de comparer des options en termes de capital professionnel et en termes d’adéquation personnelle.
  5. Faites ensuite un brouillon de  :
    • Votre plan A : votre scénario idéal à long terme ;
    • Votre plan B : vos seconds choix proches du premier ;
    • Votre plan Z : vos options de secours.
  6. Quelles sont vos incertitudes clés les plus fondamentales par rapport à vos réponses jusqu’ici ? C’est dans l’article sur l’adéquation personnelle que nous avons introduit le concept d’incertitude clé, mais il peut s’appliquer à tous les aspects de votre plan – vision, stratégie, étapes intermédiaires et options A/B/Z. Quelle information manquante chamboulerait le plus votre classement d’options ou votre plan A ?
  7. Qu’est-ce qui vous permettrait le mieux de résoudre ces incertitudes clés ? Si vous en avez le temps, faites en sorte d’y voir plus clair. Continuez de mener l’enquête jusqu’à ce que vos hypothèses les plus prometteuses restent stables, dans l’idéal.

À ce stade, la meilleure façon de procéder est souvent de se lancer dans sa liste d’idées d’étapes, tout simplement, et de revoir son plan une fois qu’on a des éléments plus concrets à mettre sur la table. Nous verrons dans le prochain article comment trouver un emploi.

C’est également le bon moment pour envisager de poser une candidature pour un entretien en tête-à-tête avec quelqu’un l’équipe de 80,000 Hours, ou d’Altruisme Efficace France, qui pourra vous proposer un regard critique sur votre plan ainsi que vous aider à prioriser vos étapes potentielles à venir et à vous lancer.

Une fois que vous aurez des offres d’embauche concrètes devant vous, vous pourrez vous servir de notre méthode de décision professionnelle pour faire votre choix. C’est le même processus que pour la comparaison de parcours à long terme, mais il est également applicable à vos étapes intermédiaires.

Enfin, une fois que vous commencez votre nouveau travail, prévoyez la prochaine réévaluation de votre plan. (Vous pouvez vous servir de notre outil de bilan de carrière annuel pour cet exercice.)

Consacrer un week-end entier à votre plan de carrière peut largement en valoir la peine. Si c’est quelque chose qui vous intéresse, nous avons créé une fiche qui reprend tous les exercices les plus importants du guide jusqu’ici. Remplissez-la, et vous aurez un plan de carrière complet. (N’hésitez pas à trouver une amie ou un ami qui vous accompagnera dans l’aventure, pour le soutien moral et pour débattre de vos options.)